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PHOTOGRAPHE

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W.Eugene Smith. Je n’ai jamais réalisé une photo - bonne ou mauvaise - sans devoir la payer par une tourmente émotionnelle.

W.Eugene Smith

Et W.Eugene Smith a lourdement payé son tribut à la quête perpétuelle de l’image parfaite. Photographe paradoxal, homme étrange, il est singulier, et comme un astre obscur chu parmi nous. Il est cette comète qui aura laissé une traînée émouvante de charge émotionnelle derrière ses images, et fixé une éthique au photo journalisme auquel il aura donné de nouvelles références. Il voulait n’en conserver qu’une centaine, et il semblait avoir fait sienne cette phrase de René Char : « Qui laisse une trace laisse une plaie. » Lui le grand témoin des plaies du monde, miné par les siennes propres, aura tout fait pour brouiller les pistes menant jusqu’à lui. Mentant comme Orson Welles auquel il pourrait s’apparenter par une folie commune de dépassement, du refus de la censure, et par son combat contre l’étau des puissances de l’argent, le magazine Life pour lui.

Il en fut terrassé. Pentti Sammallahti. Quand j’aurai dépassé vos pièges, les loups mangeront dans ma main, première neige.

Pentti Sammallahti

(Gilles Vigneault - Le Nord du Nord) Certes Pentti Sammallahti n’a pas fait que magnifier la grande poudrerie et la glace, support solide qui semble porter tout un pays, il a su photographier du soleil et de la lumière drue, au Népal ou ailleurs. Mais c’est bien le Grand Nord qui semble manger dans les mains de ses images. Willy Ronis. « Mes photos ne sont pas des revanches contre la mort et je ne me connais pas d’angoisse existentielle.

Willy Ronis

Je ne sais même pas où je vais, sauf au-devant – plus ou moins fortuitement – de choses ou de gens que j’aime, qui m’intéressent ou me dérangent. » Willy Ronis. Longtemps, très longtemps, Willy Ronis aura saisi les instants qui passent, les instants retrouvés. Non pas pour faire œuvre simplement d’humaniste ou de spectateur attendri des petits éclats du monde, mais pour rendre compte lucidement du réel. Minor White. Je photographie les choses non comme elles sont, mais tel que je suis.

Minor White

Saul Leiter. Pour comprendre l’univers si particulier du photographe américain Saul Leiter, il faut aimer les reflets des vies dans les flaques du temps, les buées qui montent parfois des gens, toutes les histoires d’un jour que l’on pourrait imaginer à partir de ses photos.

Saul Leiter

Il faut aussi aimer le peintre Marc Rothko, car bien qu’il travaillât aussi bien en noir et blanc qu’en couleurs c’est la vibration intérieure qui sourd doucement entre tendresse et solitude. Photographe sans domicile fixe, à savoir non figé dans un studio, c’est dans les rues de New York au début des années 40 qu’il va peindre, car sa photo est avant tout peinture, les gens qui passent, les rues qui mènent au fond de nous-mêmes. Arpenteur infatigable des rues new-yorkaises, pendant plus de vingt ans, sa créativité s’est surtout épanouie de 1947 à 1960. Il fut l’un des tout premiers à utiliser la couleur pour dépeindre l’univers des rues d’habitude dévolu au noir et blanc comme dans un film policier. Sergio Larrain. « Quand tu prends une photo, tu organises ton corps, les trois points sont en ligne.

Sergio Larrain

C'est une expérience de yoga.» (Larrain) Sergio Larrain est cet énigmatique photographe chilien que l’agence Magnum et les Rencontres d’Arles ont remis en nos mémoires, malgré sa farouche volonté d’oubli, lui qui aura voulu ne plus pactiser avec les « mensonges » de la photo, et qui avait trouvé sa paix intérieure dans la solitude. Il n’aura été vraiment photographe que de 1950 à 1964, mais une véritable légende l’entoure, lui « le photographe de Dieu » comme le dit avec emphase un de ses admirateurs. Sergio Larrain. Dorothea Lange. On devrait employer l'appareil photo comme si demain on devenait aveugle.

Dorothea Lange

Josef Koudelka. André Kertesz. « Nous devons tous quelque chose à Kertész».

André Kertesz

Henri Cartier-Bresson. Dans l'œuvre de Kertész on perçoit un sens de la douceur de la vie, un plaisir libre et enfantin dans la beauté du monde et la préciosité de la vue. Et lui aura plongé dans le monde avec son œil tendre, parfois narquois, en se considérant toujours comme « un amateur ». Pourtant il fut en quelque sorte le père spirituel de bien des photographes, Brassaï, Henri Cartier-Bresson... Ses photos sont une contemplation douce et chaude, liée de souvenirs et de regards attendris, aux choses anodines qui font une vie, aux personnages anonymes qui se rencontrent au coin d’une rue, comme cet accordéoniste ou ce couple qui resquille pour voir une fête foraine.

Les barbes à papa de la vie simple ont supplanté le tragique de la vie, sauf quand sa chère femme Élisabeth meurt et alors le rend inconsolable. Yasuhiro Ishimoto. Yasuhiro Ishimoto (1921-2012), ou bien Ishimoto Yasuhiro à la japonaise, est un immense photographe japonais autant qu’américain.

Yasuhiro Ishimoto

Il savait autant faire vivre les rues de Chicago que de Tokyo, les débordements de la fête d’Halloween, ses friandises et ses sorcières, que le calme serein des temples de Katsura. Et en jouant autant du modernisme de l’école de photographie américaine (Harry Callahan et Aaron Siskind et de l’Institut de Design de Chicago), que de culture japonaise attentive au temps, à la fugacité des choses, aux détails de la vie, et à la célébration de la beauté fragile. Ce singulier mélange donne une œuvre forte, la plupart du temps en noir et blanc, mais aussi avec des études sur la couleur pouvant aller jusqu’à l’abstraction pure.

Mais partout peut se lire son sens aigu de la forme, d’équilibre des volumes, de la force de son regard, de sa nostalgie du temps et des moments qui s’enfuient. Yasuhiro Ishimoto a su assembler tradition et création tout à la fois. Charles Harbutt. « Si vous voulez pouvoir juger si une photo est bonne, demandez-vous si la vie est comme cela.

Charles Harbutt

La réponse doit être oui et non, mais surtout oui » Charles Harbutt. Franco Fontana. « La créativité ne signifie pas photographier ce qui est, mais ce que nous imaginons qui soit. […] Le photographe découvre le monde à travers ce qu’il a en lui et en même temps il a besoin du monde pour le découvrir. Ainsi, libérez l’artiste qui est en vous et laissez cet artiste faire d’abord des photographies et pensez ensuite. » Fontana.

Franco Fontana est un photographe italien passé maître dans l’art de la magie de la couleur, paysages entre ciel et terre, mer perdue dans l’horizon, femmes posées comme des nénuphars sur l’eau des piscines, paysages urbains à la limite de l’abstraction. Robert Frank. « Pourquoi fais-tu toutes ces images ? – Parce que je suis vivant » Robert Frank. Rarement une œuvre photographique aura été aussi autobiographique que celle du photographe suisso-américain Robert Frank. Il fut également cinéaste avec de nombreux films expérimentaux ou sur des chanteurs, Rolling Stones, les Beatles, mais seule sa marque dans l’histoire de la photographie avec surtout ce livre culte « The Americans » sera évoquée.

Martine Franck. « La photographie est venue comme substitut, j'ai souffert d'être timide …; tenir un appareil m'a donné une fonction, une raison d'être quelque part, comme témoin, non comme actrice", Martine Franck. Martine Franck semblait être née pour voir, alors qu’elle est venue finalement plutôt tard à la photographie, bloquée par sa timidité. Elle fut un témoin pétri de compassion et de respect pour ce monde, nature et gens compris. Capable de bien des révoltes aussi contre l’injustice. Martine Franck. Walker Evans. Je ne cherchais rien, les choses me cherchaient, je le sentais ainsi, elles m’appelaient vraiment.

Walker Evans. Walker Evans est ce grand photographe américain qui pendant toute sa vie de photographe aura eu l’exigence de la réalité. Robert Doisneau. Robert Doisneau. Jean Dieuzaide. Salut à vous, Yan qui maintenant allez rester hélas trop longtemps dans la chambre noire, celle du néant. Celle entrouverte le 18 septembre 1983, comme si ailleurs des anges voyeurs voulaient contempler seuls les millions de négatifs épars sous vos doigts. Imogen Cunningham. J'ai transformé les gens en êtres humains, mais je n’en ai pas fait des dieux. On a tant pris l’habitude de voir et revoir une vieille dame malicieuse, appareil photo en bandoulière, et sourire aux lèvres, tourner autour de ses modèles ou partir d’un grand éclat de rire, que l’on oublie qu’elle fut l’une des plus grandes dames de la photographie américaine, dont les nus sensuels et géométriques, les portraits de Martha Graham ou Gary Cooper, les exaltations des fleurs ont marqué l’histoire de la photographie mondiale.

Harry Callahan. Wynn Bullock. La nécessité de créer, la nécessité de photographier, provient en partie du désir profond de vivre avec plus d'intégrité, de vivre plus en paix avec le monde, et peut-être d'aider les autres à faire de même. Denis Brihat. Le seul rôle du photographe est « d’être un révélateur », de tout ce qui est masqué par leur trop grande évidence. Denis Brihat est un solitaire de la beauté. Brassaï. « C’est poussé par le désir de traduire en image tout ce qui m’émerveillait dans ce Paris nocturne que je devins photographe » Brassaï est à la fois le piéton nocturne des rues de Paris, le révélateur des « mains positives » du passage des hommes que sont les graffitis sur les murs, le compagnon des surréalistes, l’ami profond de Picasso, de Prévert, d’Henry Miller et d’autres.

Bill Brandt. Margaret Bourke-White. Werner Bischof. N’oubliez jamais que je suis toujours à la recherche de la beauté.