Restons calme, et recentrons-nous sur nos idées. Un simple sondage paru dans le Parisien dimanche matin a suffi à allumer un grand brasier dans l'ensemble des médias français, incendie auquel la blogosphère n'a pas échappée. Pourtant, on rappelle régulièrement que les sondages restent toujours discutables et ne représentent que des indicateurs assez partiels, largement tributaires des questions posées par les sondeurs et de leurs interprétations et dépassés dès qu'ils sont parus. Ce sondage influence déjà toute la sphère politico-médiatique, et il est clair qu'une nouvelle enquête serait déjà marquée par la précédente. Or, déjà, apparaissent les appels à la vigilance à gauche voire à l'unité derrière un candidat issu, sans doute, du PS. Je ne peux que m'étonner que personne n'ait déjà sorti les termes de "vote utile", pourtant si intéressant lorsqu'il s'agit d'effrayer nos concitoyens. Soyons clair, cher lecteur : je ne nie nullement la possibilité que Marine Le Pen puisse faire un gros score lors des prochaines présidentielles.
A gauche, on s'enfonce dans le n'importe quoi, camarade. L'affaire DSK a révélé, à propos de la gauche française, notre désarroi général. Jusqu'en mai dernier, malgré des débats de fond assez pénibles, nous étions plus ou moins persuadés que le PS allait l'emporter avec le directeur du FMI à sa tête. Certes, peu de gauchistes pouvaient en être satisfait. C'était d'ailleurs mon cas. Je ne voyais pas bien le sens de désigner à la tête du pays un droitier de ce type, mais nous étions sous le diktat des médias, et il semblait bien que mes camarades socialistes allaient encore, comme en 2007, suivre le vent des élites et désigner celui qui avait l'aval du haut de notre société. Et puis, le candidat-miracle a disparu. Or, depuis la mi-mai, c'est le désarroi qui domine à gauche. Ce qui peut surprendre, c'est que, malgré le contexte, les militants de droite restent convaincus de leur supériorité idéologique. A gauche, c'est plutôt le manque total de confiance en soi qui domine.
L'insécurité peut aussi être un thème de gauche. Il y a quelques semaines, l'un de mes deux compères des Gueules avait été titiller LOmiG qui espérait que la campagne de 2012 se jouerait sur la sécurité. Aujourd'hui, c'est au tour de l'Hérétique de se questionner sur le risque que la campagne à venir ne revienne largement sur ce thème, après la pause de 2007. Je vais peut-être t'étonner, cher lecteur, mais je crois assez à cette possibilité. D'abord parce que le sentiment d'insécurité reste réel pour beaucoup de gens, ensuite parce que nos gouvernements n'affrontent jamais le problème et enfin parce qu'on a beaucoup fait de démagogie sur ce thème, dans un sens comme dans l'autre.
Comme tu le sais, si tu me fréquentes régulièrement, je suis habitant depuis mon enfance de la Seine-Saint-Denis. Mon lycée dit difficile se trouve dans l'une des communes réputées les plus dangereuses par le bon sens populaire. Et d'ailleurs, ils en veulent beaucoup aux policiers. Car sur ce thème, la démagogie est partout. Camarades, ré. Jeunes de ban. Ce midi, je me trouvais dans une fête de famille, à la campagne. Vous savez, la fête qui réunit plein de gens qui ne se connaissent pas, durant laquelle le repas dure des heures, où on enchaîne les plats, les vins, les digestifs et le café sans trop savoir ce que l'on fait. Au final, on passe un moment intéressant et on découvre, ou on redécouvre, des personnes qu'on ne connaît pas toujours très bien et que l'on ne rencontre pas dans sa vie quotidienne. A un moment du repas (entre les copieuses entrées et le plat principal), des cousins se sont lancés dans une discussion concernant les jeunes de banlieue qui peuvent parfois faire preuve d'une certaine violence.
Un débat démarra concernant les causes de ces situations particulières. La première, marquée par le poids de l'individualisme, visait à développer l'idée que ces jeunes avaient énormément de chances dans la vie du fait de l'aide de la collectivité et qu'ils se devaient d'en profiter, de travailler et de réussir. La loi de l'i. « Qu’ils se démènent ! » C’est ainsi qu’Eric Woerth, ce matin sur France Inter, répondit au journaliste qui le questionnait sur sa position sur la grève du 29 janvier. Il venait d’expliquer que cette grève était stupide, du fait de la situation économique actuelle, et que les travailleurs devaient plutôt travailler de plus en plus durs pour relancer la machine.
Ce type d’argumentaires a déjà été largement développé sur de nombreux blogs libéraux pour mettre en cause l’intelligence de la grève. A chaque fois, c’est l’idée individualiste qui ressort : seul l’individu peut réagir et gérer sa situation face à une difficulté, quelle qu’elle soit. En soit, cette idée est très belle et cohérente. Cette idée est belle, et j’aurais vraiment envie d’y croire. Cependant, elle a un vice caché mais fondamental. Pour moi, la logique est autre. La grève de jeudi est une action collective et qui risque de ne pas donner grand-chose, je le reconnais entièrement. Pour rénover. Ces deux visions ont apparemment du succès, mais j'ai de plus en plus le sentiment que c'est la seconde qui l'emporte, vu que Xavier Bertrand avait utilisé un argument équivalent pour le travail du dimanche.
Je dois t'admettre, cher lecteur, que j'ai été estomaqué lorsque Bertrand Delanoé a déclaré comprendre cette réforme, et je me suis dit que la droite avait vraiment gagné un combat idéologique fort sur les élites qui dirigent aujourd'hui les partis de gauche de gouvernement. Les idéologues de droite nous ont eu par un tour de passe-passe assez simple finalement.
Au XXe siècle, la gauche s'est imposée sur le libéralisme classique en construisant une théorie de l'opposition de groupes sociaux. Finalement, en disant aux riches qu'on ne les pendrait pas avec leurs tripes comme en URSS, on leur a fait accepter des systèmes permettant une redistribution des richesses un peu plus équitable. Chers lecteurs de gauche, au travail !