Les positions changeantes de Nicolas Sarkozy sur l'intervention au Mali. Le Monde.fr | • Mis à jour le | Par Samuel Laurent et Jonathan Parienté "Que fait-on là-bas ? Sinon soutenir des putschistes et tenter de contrôler un territoire trois fois grand comme la France avec 4 000 hommes ? La règle, c'est qu'on ne va jamais dans un pays qui n'a pas de gouvernement. " La charge est signée Nicolas Sarkozy ; elle est rapportée par l'hebdomadaire Valeurs actuelles. Elle est d'autant plus sévère qu'elle vient rompre une tradition républicaine, qui veut qu'on ne critique pas son successeur à la tête de l'Etat, surtout sur les questions internationales. Cette position sur la guerre au Mali apparaît comme extrêmement difficile à tenir. Le propos, malvenu alors qu'un quatrième soldat français vient de mourir en opération, a suscité de nombreuses critiques quant au manque de réserve de l'ex-chef de l'Etat.
Des positions qui ne sont pas sans rappeler celle du président Hollande. "Et si l'intervention au Mali ouvrait la porte des réformateurs en islam" Le Monde.fr | • Mis à jour le | Par Michel Rocard, ancien premier ministre Malgré la prise importante et spectaculaire de Tombouctou, l'événement essentiel de ces derniers jours au Mali n'est pas de nature militaire. Il est fait de deux déclarations. L'une est de Chérif Ousmane Haïdara, prédicateur célèbre et chef charismatique des "Partisans de la Religion" alias Ansar Eddine, légalisée en 1992, forte de près d'un million de membres au Sahel, dont la plupart au Mali, et totalement étrangère à son homonyme du même nom qui, liée à Al-Qaida au maghreb islamique (AQMI), occupe le nord du Mali.
Dans cette déclaration on peut lire "AQMI, Ansar Eddine, Mujao : c'est pareil. Ce sont des bandits et des trafiquants de drogue qui utilisent la religion comme couverture "... et un peu plus loin : " Il va falloir mener une guerre idéologique et dénoncer ceux qui se disent musulmans et qui sèment la mort". "Nous ne sommes pas d'accord avec cette interprétation, nous pensons que c'est le contraire. Mali : une guerre à 70 millions d'euros. Le nouveau discours de Paris en Afrique. Vaine stratégie française au Mali. LE MONDE | • Mis à jour le | Par Olivier Roy, directeur d'études à l'EHESS Les buts de guerre officiels de la France au Mali sont de combattre le "terrorisme islamique" et rétablir l'intégrité territoriale du Mali.
Le problème est de savoir quel est le rapport entre les deux : l'intégrité du Mali est-elle menacée par le "terrorisme islamique" ? Cela dépend bien sûr de ce que l'on appelle "terrorisme islamique", et l'on voit ici que l'on n'est pas sorti de la confusion sémantique et politique introduite par l'administration Bush lorsqu'elle a lancé le slogan de la "guerre contre le terrorisme" après le 11-Septembre. Sous le vocable de terrorisme islamique on met à peu près n'importe quoi : Al-Qaida bien sûr, mais aussi des partis qui sont avant tout nationalistes, comme le Hamas palestinien, des mouvements locaux voulant établir la charia, comme les talibans afghans ou l'Ansar Eddine malien, voire n'importe quelle communauté religieuse parlant de charia islamique.
Le président malien juge le MNLA seul interlocuteur possible. Mali : l'opération "Serval" a coûté "autour de 50 millions d'euros" en trois semaines. L'opération au Mali marque un périlleux retour aux conflits d'antan. LE MONDE | • Mis à jour le | Par Bertrand Badie, professeur des universités à Sciences Po Paris Il était un temps où l'entreprise était simple et facilement identifiable : la guerre opposait deux ou plusieurs Etats qui étaient en compétition de puissance. Cet affrontement paroxystique entre Etats, dotés de diplomates et de soldats, d'institutions et de frontières, et d'une propension à négocier à un moment donné, est au centre de notre histoire européenne. Elle en est même fondatrice, c'est bien ainsi que se sont constituées la carte et même les règles de notre Europe moderne. Depuis quelques jours, on nous parle d'une "guerre au Mali" : en est-ce bien une si l'on fait preuve de rigueur ?
L'affrontement met en scène un vieil Etat européen, un Etat failli africain et des bandes armées sur lesquelles croulent des appellations diverses et mêlées dans une synonymie des plus approximatives. Qui pourtant s'est intéressé au Sahel ? Deux paramètres doivent être présents à l'esprit. La France n'a pas à rougir de défendre ses intérêts au Mali. LE MONDE | • Mis à jour le | Par Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, Enseignant-chercheur à la faculté de droit de l'université McGill (Montréal) Dans ses voeux à la presse du 16 janvier, le président François Hollande insiste : "La France, elle libère. (...) Elle porte des valeurs. Elle n'a aucun intérêt au Mali. Elle ne défend aucun calcul économique ou politique. Elle est au service, simplement, de la paix. " Ce discours est une exception française. Abdoulaye Babou, ex-président de la Commission des lois de l'Assemblée nationale du Sénégal, croit qu'il s'ag it d' "une affaire d'intérêt national".
Ce qui est une évidence pour le reste du monde - qu'il est dans l'intérêt des Européens, des Américains et des Africains d'empêcher "la mise en place d'une zone franche terroriste au coeur de l'Afrique", selon les termes de l'envoyé spécial de l'ONU pour le Sahel - ne l'est pas pour la France. Elle a conscience que l'on soupçonnera toujours l'ex-puissance coloniale d'être intéressée. Mali : une intervention sans doute nécessaire, pas nécessairement juste.
LE MONDE | • Mis à jour le | Par Jean-Jacques Roche Attendre de la classe politique française qu'elle ouvre le débat sur l'opportunité de l'intervention au Mali est illusoire. Malgré quelques inévitables escarmouches politiciennes, le réflexe en pareilles circonstances est l'union sacrée, comme en témoignèrent les 523 députés (sur 566) qui approuvèrent, le 16 janvier 1991, l'utilisation de la force pour libérer le Koweït. Même la réforme constitutionnelle du 23 juillet 2008, qui a complété l'article 35 de la Constitution en instituant une procédure d'information et de contrôle du Parlement sur les opérations extérieures (OPEX), n'a guère changé les pratiques puisque le 12 juillet 2011, seuls 27 députés sur 509 votants se sont opposés à l'opération "Harmattan" en Libye.
La guerre, dans la culture politique française, reste dans le domaine réservé de l'Elysée, protégé en la matière des "miasmes des polémiques intérieures", selon l'expression si peu démocratique de Roland Dumas. La lettre du président malien, base légale de l'intervention française. LE MONDE | • Mis à jour le | Par Natalie Nougayrède Sur quelle base juridique la France est-elle intervenue militairement au Mali ? Tout repose sur la lettre adressée à l'Elysée, le 10 janvier, par le président du Mali, Dioncounda Traoré, appelant la France à l'aide face à l'avancée des groupes armés du Nord. François Hollande se trouve, sur le dossier malien, en contradiction avec la doctrine qu'il avait énoncée lors d'un discours de politique étrangère, le 27 août 2012. La France ne participera "à des opérations de maintien de la paix ou de protection des populations qu'en vertu d'un mandat et donc d'une résolution du Conseil de sécurité" de l'ONU, avait-il dit.
L'intervention française au Mali s'écarte de ce principe. La "légitime défense", parfois invoquée dans des commentaires, n'est pas non plus opérante. La lettre du président Traoré constitue la seule base légale. Washington exclut, pour cette raison, de fournir la moindre aide directe à l'armée malienne. Mali : le choix raisonné de la France.
LE MONDE | • Mis à jour le | Par Jean-François Bayart, directeur de recherche au CNRS La France se trouve à nouveau engagée dans une opération militaire en Afrique. Cette répétition ne doit pas tromper. Elle est porteuse de différence par rapport à la plupart des interventions précédentes. Elle ne vise pas à départager les protagonistes de la vie politique locale en prenant le parti de l'un d'entre eux, comme avaient cru devoir le faire Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy en Côte d'Ivoire ou, de manière encore plus contestable, au Tchad, en 2008, en couvrant militairement la liquidation physique de l'opposition démocratique par le président Idriss Déby. François Hollande reste fidèle à la ligne que Lionel Jospin avait adoptée. Celui-ci s'était abstenu d'épauler quelque camp que ce soit lors de la reprise de la guerre civile au Congo-Brazzaville en 1997 ou du coup d'Etat de 1999 en Côte d'Ivoire.
Le plus difficile est à venir. Politiquement, le défi est plus redoutable encore. Hollande : l'opération militaire au Mali "n'a pas d'autre but que la lutte contre le terrorisme" Au lendemain du début de l'intervention des forces françaises sur le territoire malien, François Hollande a justifié sa décision, affirmant qu'elle "n'a pas d'autre but que la lutte contre le terrorisme" et qu'il a "toute confiance" dans la réussite de l'opération, baptisée "Serval". "La France ne défend aucun intérêt particulier", a--t-il déclaré.
Le chef de l'Etat a souligné que les moyens militaires déployés doivent être limités au soutien de l'intervention africaine au Mali, qui doit prendre forme en début de semaine. Il s'est félicité que "l'action de la France soit saluée par l'ensemble de la communauté internationale et les pays africains". M. Hollande a souligné qu'un "coup d'arrêt" avait été porté aux islamistes avec "de lourdes pertes infligées à nos adversaires". >> Lire aussi Après la mort rapide d'un officier, l'opération militaire s'annonce très dure >> Lire l'analyse Mali, l'inexorable décomposition d’une vitrine de la démocratie africaine. Hollande : "J'ai répondu à la demande d'aide du président du Mali"
Mali : Hollande affirme que "la France répondra strictement dans le cadre" de l'ONU.