Inégaux face à la santé - Sciences et Santé. Le 21 janvier 2011, le journal Le Parisien publiait les résultats d’une étude menée par l’Agence régionale de santé d’Ile de France ; il y apparaissait que les habitants de Seine-Saint-Denis vivent en moyenne 2 ans de moins que leurs voisins des Hauts-de-Seine. Deux jours auparavant, de nombreux journaux -dont Les Echos- relayaient avec enthousiasme une étude statistique de l’INSEE : non seulement la France avait enregistré en 2010 un record de naissances malgré la crise, mais de surcroît les Français avaient gagné 4 mois d’espérance de vie !
La situation pourrait être résumée ainsi : l’état de santé des Français progresse en général, mais pas autant partout, ni pour tous. Doit-on alors considérer ce phénomène comme une spécificité nationale, ou bien n’a-t-il pas plutôt une envergure mondiale ? Cette inégalité face à la santé aurait alors deux dimensions, la première résidant dans la comparaison des pays entre eux, et la deuxième dans les disparités qui existent dans un pays donné.
« L’égalité c’est la santé », Richard Wilkinson, par Jean-Claude Salomon. Epidémiologiste, Richard Wilkinson expose dans cet ouvrage riche en données et en diagrammes les travaux historiques, sociologiques et anthropologiques qui permettent d’établir de façon rigoureuse les relations de causalité entre les rapports de domination et la dégradation de la santé. Non seulement les inégalités sociales sont préjudiciables à la santé des personnes défavorisées, mais elles entraînent une dégradation de celle de toutes les classes — et cela dans tous les pays ayant atteint un certain niveau de développement. La solidarité profite aux pauvres quand la coopération l’emporte sur la compétition, mais elle profite également aux catégories plus aisées, qui se portent mieux quand l’éventail des disparités est réduit.
Racisme, xénophobie et sexisme, parmi les plus flagrants facteurs d’inégalités, sont eux aussi associés aux injustices sanitaires, à la fois conséquences et causes des inégalités dans la société. Comment fonctionnent les systèmes de santé dans le monde, par Martine Bulard. De l’Amérique à l’Asie, de l’Afrique à l’Europe, pas un pays n’échappe au grand vent de la réforme des systèmes de santé.
A priori, il y aurait toutes les raisons de s’en réjouir. Au vu des besoins encore en friche et des pandémies toujours à l’œuvre, le statu quo est en effet impossible. Alors que les Etats-Unis, champions du privé, ou la Chine, qui l’a expérimenté avec la vigueur des nouveaux convertis, essaient de limiter la logique marchande pour établir une couverture universelle, les pays riches se fixent comme objectif principal de réduire le rôle de l’Etat et les dépenses mutualisées. Etonnant contre-pied de l’histoire. Au moment même où le modèle américain, qui en est l’exemple le plus achevé, prouve son inefficacité, le marché reste la boussole — même si l’on prône ici ou là le retour de l’Etat.
L’idée de protection sociale a fait son apparition au XIXe siècle, avec la généralisation de la révolution industrielle et la naissance des grandes concentrations ouvrières.