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François Dubet

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François Dubet. François Dubet : « Donner autant à ceux qui ont moins » Dans votre récent livre L’école des chances [1], vous développez l’idée de l’équité comme moyen indispensable pour parvenir à l’égalité effective.

François Dubet : « Donner autant à ceux qui ont moins »

Pouvez-vous préciser ce point ? L’égalité des chances construit une compétition unique et neutre, suffisamment protégée des inégalités sociales pour que la réussite ne tienne qu’au mérite et aux compétences des individus placés dans les mêmes conditions de formation. La notion d’équité, elle, part de l’idée que, en réalité, l’offre scolaire n’est pas homogène et que les élèves socialement différents ne sont pas dans des situations identiques.

Pour tendre vers cet idéal d’égalité des chances, il faut dès lors pratiquer l’équité, répartir les moyens pour favoriser les défavorisés. Que pensez-vous à cet égard de la fameuse « discrimination positive » ? Vous défendez avec vigueur l’idée de socle commun de connaissances et compétences. Mais celle-ci existe actuellement ! Comment expliquez-vous ce gouffre nostalgique ? François Dubet : le plus classique des sociologues français contemporains ? 1Dans une période où les sociologies de l’individu (Martuccelli & de Singly, 2009) occupent en France le devant de la scène, où la plupart des études et des recherches sociologiques relèvent de la microsociologie, où une sociologie sans société (Touraine, 1981) se développe, il faut une certaine audace pour prendre comme objet le problème des modes d’existence et de fonctionnement des sociétés occidentales actuelles.

François Dubet : le plus classique des sociologues français contemporains ?

Même si beaucoup de sociologues français se réfèrent encore à la société dans les intitulés de leurs ouvrages (cf. par exemple : Ehrenberg, 2009 ; Slama, 2009 ; Algan & Cahuc, 2007), ils l’associent toujours à un sentiment ou une attitude (malaise, indifférence, défiance) dont la prégnance leur semble être à tort ou à raison une caractéristique significative et heuristique. 2Il est toujours stimulant de lire un livre qui va à contre-courant des tendances du moment et on ne peut qu’en savoir gré à son auteur.

François Dubet. François Dubet est professeur de sociologie à l'Université de Bordeaux et directeur d'études à l'EHESS.

François Dubet

François Dubet est auteur de plusieurs ouvrages sur les mouvements sociaux, les problèmes urbains, la marginalité juvénile, la délinquance, l'école, la socialisation, le travail et la théorie sociologique. Ses travaux portent actuellement sur les théories et les sentiments de justice. Dix Propositions pour changer d'école, avec M. François Dubet «Ce sont ceux qui tirent parti des inégalités qui résistent au changement» François Dubet (photo) est sociologue et directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS).

François Dubet «Ce sont ceux qui tirent parti des inégalités qui résistent au changement»

Il vient de publier, avec Marie Duru-Bellat, 10 propositions pour changer l’école, aux éditions du Seuil. On reproche souvent à l’éducation nationale son immobilisme, est-ce injuste ? De loin, l’éducation nationale peut donner l’impression d’être un dinosaure congelé. De près, quand on regarde à l’intérieur des classes, les choses bougent beaucoup.

Mais la somme de ces actions individuelles ne peut pas changer le système. C’est pourtant le pari de la ministre avec sa réforme du collège, qui repose sur la capacité d’innovation des enseignants… Plutôt que d’imposer une grande réforme par en haut, Najat Vallaud-Belkacem a essayé par en bas, en disant aux professeurs : innovez. N’avez-vous pas le sentiment de répéter les mêmes choses depuis vingt ans ? J’ai parfois le sentiment d’un piétinement. Pourquoi est-ce si compliqué de toucher à l’école ? François Dubet : « Recruter les profs à bac+5, c’est une erreur » Le sociologue de l’éducation François Dubet en 2006 - Rillon/Neco/Sipa Les instituteurs, une espèce en voie de disparition ?

François Dubet : « Recruter les profs à bac+5, c’est une erreur »

En mai, Rue89 a publié une enquête sur l’impressionnante pénurie des candidats au concours de professeurs des écoles. Elle montrait qu’en 2014, certains d’entre eux étaient admis avec des notes très basses à l’examen afin de pourvoir, coûte que coûte, les postes vacants (voir l’infographie en haut de cette page). Instits en colère, parents inquiets, élèves désabusés : les réactions à cet article n’ont pas manqué. Pourquoi cette pénurie de profs ? Rue89. François Dubet. Aujourd’hui, un ménage de jeunes enseignants, avec deux salaires et avec une sécurité de l’emploi totale, ne démarre pas dans la vie dans les pires conditions. Il y a pourtant eu une paupérisation. Pas tant que cela. Il était mieux payé qu’un plombier... Oui, si l’on prend le fameux cas du plombier. Possible, mais ce n’est pas un facteur décisif. Il y en a deux. Et qui travaille en milieu rural...

François DUBET.