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Une inoculation psychologique pour contrer les « fake news » Le 31 août, l’astronaute Thomas Pesquet a dû longuement expliquer sur Twitter que « bien sûr que oui, l’humain est allé sur la Lune pendant les missions Apollo », après que ses propos ont été déformés par des négateurs de la conquête par l’homme de notre satellite. Enième illustration du fait que la désinformation en ligne continue d’être un problème sociétal majeur. Et ce, malgré la multiplication dans les médias de services de debunkers [de l’anglais debunk, « discréditer »], des journalistes qui, à l’image des Décodeurs du Monde, cherchent à vérifier des affirmations suspectées d’être fallacieuses.

Comment trouver d’autres parades à ces « fake news » qui massivement se répandent sur les réseaux sociaux et, par ricochet, dans la société et les foyers ? Lire aussi : Désinformation en ligne : l’UE adopte un nouveau code de conduite pour les plates-formes et réseaux sociaux. Désinformation russe : « Peu importe que le faux soit grossier, pourvu qu’il capte l’attention » Les corps de centaines de civils gisant dans les rues de Boutcha, en Ukraine, venaient à peine d’être découverts, le 2 avril, lorsque des premiers contenus ont commencé à circuler sur Internet pour nier la réalité du massacre.

En quelques jours ont afflué quantité de théories alambiquées, basées sur un détail microscopique d’un reportage, sur une vidéo de tournage de film détourné, comme si tout était bon pour semer le doute, le plus vite possible. Une opération répétée à chaque nouvelle séquence, témoignant de ce qui peut être qualifié de crime de guerre. Stephanie Lamy est cofondatrice de l’association danaides.org, qui développe des outils numériques d’aide aux civils en zones de conflit, et autrice d’Agora toxica, la société incivile à l’heure d’Internet (Editions du détour, 2022).

Elle analyse le fonctionnement de la propagande russe et de ses relais dans la société civile. Certaines des intox circulant sur Boutcha reposent sur l’idée que les morts seraient des mannequins. Que recouvre l’expression « nouvel ordre mondial » et pourquoi suscite-t-elle tant de fantasmes ? « Nouvel ordre mondial » : ces trois mots, prononcés lundi 21 mars par Joe Biden dans un discours, ont provoqué l’émoi dans plusieurs communautés conspirationnistes en ligne, qui y voient la confirmation d’une très ancienne théorie du complot. « C’est le moment où les choses changent.

Il va y avoir un nouvel ordre mondial et nous devons le diriger », a déclaré le président des Etats-Unis devant un parterre de chefs d’entreprise. « Ça fait des mois qu’on vous le dit, ouvrez les yeux sur cette bande organisée qui nous prend en otage ! Ajoutez à ça Biden qui déclare ouvertement que le #nouvelordremondial c’est maintenant… Mais qu’est-ce qu’il vous faut de plus pour vous soulever b****l !

», s’insurge un internaute. « Biden nous annonce aujourd’hui que le “Nouvel Ordre Mondial” commence ! Je pensais que c’était une théorie du complot d’extrême droite, ça ? En tout cas, va falloir qu’on se batte contre tous ces pourris, ils sont démasqués et ils ne se cachent plus ! », commente un autre. Laboratoires américains en Ukraine : aux origines d’une théorie du complot. Derrière l’agressivité des chars russes, la menace invisible de savants diaboliques américains ?

C’est la rumeur qu’agite la Russie depuis le début de l’invasion en Ukraine : dans des laboratoires secrets répartis sur l’ancienne Rous de Kiev, les Etats-Unis développeraient des armes biologiques, au mépris de leur interdiction en 1972. « Les accusations russes sont absurdes », s’agace le Pentagone, qui y voit une manière pour Moscou de « tenter de justifier ses propres atrocités en Ukraine ».

L’idée que des centres de recherche sur les pathogènes servent à préparer une attaque contre le voisin russe relève d’une « interprétation absurde », confirme la Fondation pour la recherche scientifique, dans une étude publiée le 17 mars. Cette théorie extravagante n’est toutefois pas nouvelle. Elle est née dans le creuset de l’après-guerre froide, sur fond de reconstruction, de méfiance et de malentendus.

Mais les attentats à l’anthrax de 2001 ressuscitent les craintes. Aux origines du « convoi de la liberté » au Canada, une coalition hétéroclite de mouvances complotistes. Le drapeau blanc à la feuille d’érable rouge brandi en étendard à Paris, Wellington ou Canberra, par tous les opposants aux mesures sanitaires liées au Covid-19 : nombre de Canadiens constatent avec effarement que le vent de révolte qui a soufflé en premier dans leur pays a menacé de tempête d’autres coins du monde. Ce sont quelques mouvances ultraconservatrices d’extrême droite inspirées de l’alt-right américaine qui ont lancé le mouvement des camionneurs.

Réunis au sein de Canada Unity, ses organisateurs ont réclamé, dans un « protocole d’accord » publié dès le début du siège d’Ottawa le 29 janvier, la « destitution du gouvernement » du premier ministre Justin Trudeau. Mais comment expliquer que quelques centaines d’individus aient rencontré un tel écho et obtenu le soutien d’une part non négligeable de la population, pourtant vaccinée à près de 90 % ? Les politistes Martin Geoffroy, Frédéric Boily et Frédérick Nadeau ont cherché les ingrédients qui ont permis une telle alchimie. Le « grand remplacement », généalogie d’un complotisme caméléon. La pensée du « grand remplacement », propagée principalement par l’écrivain Renaud Camus, figure des milieux identitaires, et le candidat d’extrême droite à l’élection présidentielle Eric Zemmour, ne repose pas simplement sur un délire démographique.

Elle s’appuie sur tout un système de représentations, où s’entremêlent des sources clairement identifiables et un imaginaire plus diffus, constitué au fil des siècles et constamment revisité. Le « grand remplacement » ne laisse pas toujours deviner son âge, tant il adopte des formules modernes ou des exemples contemporains. C’est par exemple le cas chez Renaud Camus. La même « modernité » est à l’œuvre dans le livre publié par Eric Zemmour pour lancer sa candidature à la présidentielle, La France n’a pas dit son dernier mot (Rubempré, 2021).

Il s’appuie notamment sur l’exemple du football pour tenter de prouver la pseudo-transformation démographique de la France. Gérald Bronner, un expert du complotisme au cœur des controverses. L’homme pressé attend depuis quarante minutes, mais, s’il est impatient, il n’en laisse rien paraître, buvant tranquillement son verre de rosé à la terrasse d’un café du centre de Paris, affable comme à son habitude. C’est encore l’été, Gérald Bronner, sociologue très médiatisé, très critiqué (il y voit un lien de causalité), nous rassure sur notre retard : il est « une bonne pâte ». D’ailleurs, s’il y a bien un malentendu à son sujet, c’est sur le fait qu’il serait une personnalité polémique. « Je n’ai pas de joie malsaine à susciter la controverse, assure-t-il. Il n’y a pas plus politiquement correct que moi, je n’ai aucune idée scandaleuse. » En matière de polémique, il s’apprête pourtant à franchir un nouveau palier.

Quelques jours plus tôt, tout début septembre, il reçoit un appel de Sylvain Guérin, conseiller opinion du président Macron : « Comment ça va ? « A l’égard des sciences et techniques, il faut plutôt parler de désenchantement que de défiance » Michel Dubois est directeur de recherche CNRS au groupe d’étude des méthodes de l’analyse sociologique de Sorbonne Université. A l’occasion du colloque international de culture scientifique et technique « Science & You », dont l’université de Lorraine a pris l’initiative et qui se tient à Metz du 16 au 19 novembre, il commente les résultats de la huitième édition de l’enquête nationale « Les Français et la science ».

Pourquoi cette enquête ? En matière d’attitude du public à l’égard des sciences et techniques, la France possède un petit trésor sous la forme d’une suite ininterrompue de données sur un demi-siècle. Avec Pauline Hervois (université de Lorraine), Martin Bauer (London School of Economics and Political Science), nous avons dirigé cette huitième édition qui a été financée par l’université de Lorraine. Notre travail a consisté à prolonger les enquêtes antérieures tout en tenant compte des événements les plus récents, en particulier la pandémie. « La pandémie pose la question fondamentale de la place du doute en science » Tribune. Alerte générale dans les milieux académiques, éducatifs et politiques qui en appellent à un contrôle de l’information afin d’éclairer le public, victime de la désinformation, manipulé par les algorithmes des réseaux sociaux et prisonnier de ses biais cognitifs. En septembre, Emmanuel Macron confie au sociologue des croyances Gérald Bronner la présidence d’une commission « Les Lumières à l’ère du numérique », chargée d’enquêter sur les « fake news », et dont le rapport est attendu ces jours-ci.

Il s’agit de sauver la science et la rationalité, fondements de la démocratie contemporaine, que les algorithmes des réseaux sociaux mettraient en péril. D’où la mobilisation contre le « populisme scientifique » ou l’« infodémie », à grand renfort de sondages alarmistes. La division du monde en deux camps bien tranchés, arbitrés par un rapport à la vérité univoque, est problématique à plusieurs égards. D’abord, elle ne résiste pas à un examen rigoureux. « Il faut impérativement cesser de trouver des excuses au complotisme » Directeur du site Conspiracy Watch (L’Observatoire du conspirationnisme) qu’il a créé en 2007, membre de l’Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean Jaurès, Rudy Reichstadt est l’auteur de L’Opium des imbéciles (Grasset, 2019), un essai sur la question complotiste.

Le succès massif et foudroyant du pseudo-documentaire « Hold-up », concentré d’irrationalité et de conspirationnisme, vous a-t-il surpris ? Pas vraiment. C’est un produit qui répond à une demande sociale de conspirationnisme dont il est difficile de ne pas voir qu’elle est croissante. Avec quelques-uns, nous nous époumonons à le dire depuis des années : l’imaginaire du complot influence nos représentations collectives, plus qu’il ne l’a jamais fait dans notre histoire récente. Les théories du complot ne sont pas nouvelles. Mais la technologie leur a offert une chance historique, en démultipliant leurs possibilités de se diffuser à grande échelle. Vérification : Les contre-vérités du documentaire « Hold-up »

Comment les théories du complot forment et déforment l’imaginaire depuis des siècles. Le terme de « complotisme » n’est entré dans le dictionnaire qu’en 2016, mais le poison qu’il distille n’a pas d’âge. C’est la principale leçon du colloque « Théories du complot : mythes et mythologies à travers les siècles », qui s’est tenu les 18 et 19 novembre au Musée d’art et d’histoire du judaïsme, à Paris. Durant deux jours, il a réuni une quinzaine de chercheurs, principalement des historiens, pour redéployer l’histoire des récits paranoïaques à partir de leurs périodes et de thèmes d’expertise. Il en ressort que si les complots à proprement parler, qu’il s’agisse des hétéries (sociétés secrètes athéniennes) ou des conjurations comme celle qu’a organisée le sénateur romain Catilina pour tenter de s’emparer de Rome en l’an – 63, sont au moins aussi anciens que l’Antiquité, les théories du complot les ont de tout temps accompagnés.

Lire aussi Article réservé à nos abonnés « Je faisais partie des esprits supérieurs » : pourquoi le complotisme séduit autant. « Facebook Files » : ce que le réseau social a appris du mouvement conspirationniste QAnon. Ce n’est qu’une expérience isolée, mais ses conclusions en disent déjà long. Le 1er juillet 2019, un employé de Facebook envoie à ses collègues un message détaillant comment un profil test d’utilisatrice conservatrice américaine, créé pour l’occasion quelques jours plus tôt, s’est vu rapidement recommander des comptes de plus en plus polarisants.

Une semaine après la création du profil, l’algorithme lui propose ainsi de suivre des comptes promouvant QAnon, cette théorie complotiste très malléable qui voudrait que Donald Trump constitue le dernier rempart face à une cabale maléfique de satanistes et de pédophiles, composée notamment de figures progressistes. « Même si j’ai commencé en ne suivant que quelques pages conservatrices vérifiées et de meilleure qualité, en moins de trois semaines, le fil d’actualités de ce compte-test n’était plus qu’un flot constant de contenus de mauvaise qualité, trompeurs et polarisants », écrit l’ingénieur en conclusion.

Fabien Roussel : « Rendre inéligibles pour cinq ans les individus condamnés pour incitation à la haine » Tribune. Depuis quelques années, nous voyons se développer en France, sur les réseaux sociaux, dans les médias et les prises de parole publiques, des discours discriminatoires et racistes d’une rare violence. La campagne présidentielle a encore accentué la déferlante, rythmée par des propos racistes, antisémites, parfois brandie en étendard par ceux qui ne rêvent que de diviser notre pays.

Cela doit cesser, et tout le monde doit prendre sa responsabilité. Car demain il sera trop tard. Il est des femmes et des hommes qui doivent particulièrement être exemplaires et défendre la République, ses valeurs, ses principes : les élus. Peut-on légitimement représenter la nation et le peuple français alors même que l’on a été condamné pour incitation à la haine et que, de ce fait, on s’affranchit des valeurs républicaines ? Lire aussi Article réservé à nos abonnés La liberté d’expression à l’heure du numérique ou la difficile quête de l’équilibre sur les réseaux sociaux.

Complotisme : « En souhaitant acquérir un domaine dans le Lot, One Nation monte à un nouvel échelon, celui du rassemblement “physique” » Dans un petit village du Lot, Alice Pazalmar et son mouvement complotiste One Nation tentent d’acheter un domaine de 200 hectares pour lancer leur « laboratoire du nouveau monde ». Valérie Igounet, historienne et directrice adjointe de Conspiracy Watch, site Internet édité par l’Observatoire du conspirationnisme et des théories du complot, analyse leur idéologie et les risques à les laisser s’implanter.

Comment définiriez-vous la pensée d’Alice Pazalmar et de One Nation ? Alice Pazalmar, de son vrai nom Alice Martin Pascual, est une des figures de la mouvance antisystème et complotiste. Elle est une des cofondatrices du site One Nation qui se dit « profondément non violent », rejette « toute forme d’autorité illégitime » et prône la « désobéissance créative ». Lire aussi Article réservé à nos abonnés « Ils veulent convertir » : le combat d’un village du Lot face au projet d’implantation de One Nation Pourquoi vous semblent-ils dangereux ? Exposes reseaux. Irène Frachon : « La composition de la “commission Bronner” sur le complotisme laisse perplexe » Tribune. S’il est incontestable que, parallèlement à la pandémie de Covid-19, se développe une « épidémie » de doutes profonds et de défiances multiples au sein de l’opinion publique avec un succès croissant de théories alternatives aux relents complotistes, les moyens mis en œuvre pour mieux appréhender et peut-être corriger, apaiser un tel phénomène de fond interrogent sérieusement.

Le dévoilement de la composition de la « commission Bronner » du nom du sociologue très (trop ?) Médiatique chargé, par l’Elysée, d’évaluer ce phénomène des fausses nouvelles laisse perplexe. La santé publique est au cœur de ces inquiétudes. A ce titre, le choix des personnalités médicales susceptibles d’éclairer cette question est particulièrement sensible. Lire aussi Emmanuel Macron installe une commission sur le complotisme présidée par le sociologue Gérald Bronner Puisqu’il le faut, rappelons les faits. Baromètre Vague 12 bis 1 VERSION FINALE (pour mise sur le site CEVIPOF)

11-Septembre : les huit principales théories du complot décortiquées. « Magnet challenge » : comment expliquer que des aimants collent à la peau (avec ou sans vaccin) « On avait raison » : chez les complotistes, l’art du triomphalisme sélectif. Chassés de YouTube, Facebook et Twitter, les réseaux complotistes se réorganisent. « On avait raison » : chez les complotistes, l’art du triomphalisme sélectif. Enlèvement de Mia : la dérive d’une mère complotiste.

Antivaccins : « On ne peut pas balayer les sceptiques en les réduisant au complotisme » « On est très en colère contre soi-même » : la difficile épreuve de l’après-complotisme. « Sur les réseaux sociaux comme dans la réalité, on observe une radicalisation du débat » Démonisme, antimondialisme, antisémitisme… Aux racines littéraires du complotisme. Sommes-nous tous complotistes ? (ft. le Sense of Wonder) #LesDécodeurs. Nos conseils pour identifier les discours complotistes et ne pas tomber dans leurs pièges. « Je faisais partie des esprits supérieurs » : pourquoi le complotisme séduit autant.

La Macronie veut intensifier sa lutte contre le complotisme. Chassés de YouTube, Facebook et Twitter, les réseaux complotistes se réorganisent.