Du voile islamique en milieu civilisé. Selon un sondage IFOP publié à la suite de l'affaire Baby loup, 84% des sondés affirment être contre le port du voile "par des femmes travaillant dans des lieux privés accueillant du public (commerces, supermarchés, cabinets médicaux, crèches, écoles privées)". Observons déjà la photo choisie par le magazine Grazia pour illustrer ce sondage. Nous y voyons une femme en niqab, vêtement que ne porte pas Fatima Afif. Cette photo n'a donc strictement rien à voir avec la crèche Baby loup mais suffit à orienter l'opinion. Mais revenons sur ce sondage ainsi que sur les phrases des uns et des autres : "C'est un jour sombre pour la République parce qu'on met à mal la laïcité" Jeannette Bougrab "En sortant quelques secondes de mes fonctions, je veux vous dire combien je regrette la décision de la Cour de cassation aujourd'hui sur la crèche Baby Loup et sur cette mise en cause de la laïcité" Manuel Valls.
Le chanoine de Latran ne s'est pas prononcé, on le regrette. Mais allons plus loin. Razzy Hammadi: Les critiques de la décision Baby-Loup causent du tort à la laïcité. Le mandat de Nicolas Sarkozy aura été marqué par une instrumentalisation honteuse de la laïcité, remise en cause lorsqu'il s'agissait de contraindre les municipalités à prendre en charge le financement des écoles privées, dévoyée lorsque pour montrer du doigt l'"étranger", la figure du "musulman" devenait celle du bouc-émissaire permettant de chauffer les salles de meeting de l'UMP ou du FN. Que ce soit au travers du débat portant sur la soi-disant "identité nationale" jusqu'aux dernières heures de la campagne présidentielle qui n'aura eu de cesse de stigmatiser des millions de nos concitoyens de confession musulmane, jamais dans le champs du débat républicain le seuil de tolérance vis-à-vis de la xénophobie n'avait été à ce point repoussé.
La gauche ne doit en aucun cas donner le sentiment d'être dans la continuité. Qui a voulu comprendre ce que la Cour de cassation a dit ? Car ce sont bien deux décisions qu'il faut lire en regard, et qu'il faut lire avec mesure. Y'a le feu à la laïcité. Une fois de plus, je partage l'opinion des plus iconoclastes d'entre nous : il est absolument scandaleux qu'une femme portant foulard soit autorisée à travailler dans un lieu qui accueille des enfants. Voire même, comme les pétitionnaires de Marianne l'affirment haut et fort, qu'elle soit autorisée à travailler dans un endroit qui accueille du public.
Voire encore même (illes ont pas osé, ces ramollos de la revendication), qu'elle soit autorisée à bosser. Même si la loi dit qu'on ne peut pas virer du personnel pour raisons religieuses, ni pour des motifs vestimentaires, le foulard portée par une femme parce qu'elle est musulmane, c'est pas pareil. D'abord c'est pas beau. La preuve, je n'ai pas trouvé une seule photo de l'employée de Baby Loup que la cour de Cassation vient de réintégrer dans son emploi. Ça prouve. Sûrement aussi, ça fait peur aux enfants. Ensuite, ça attaque la laïcité. Petit supplément 2 : j'ai pas trouvé où glisser les scouts... Laïcité mon cul. Ça part méchamment en vrille dans le n’importe quoi en ce moment, non ? Genre on serait en train de se noyer sous un flot, que dis-je, un raz-de-marée d’araaaaabes, de muuuuuusulmans, d‘isssslamissstes – j’imite très mal Jean-Marie Le Pen – qui seraient en train de nous piquer notre pays. Bon. Après tout on a bien profité des leurs, pays, tout au long du siècle dernier.
On a bien gratté tous les sous-sols pour les vider de toutes leurs "richesses" à notre seul profit. On a fait bosser les indigènes gratos, chez eux et chez nous, pour notre seul profit encore. Outre le fait que les pays, les nations, les patries, j’en ai absolument rien à secouer, ce qui me gonfle c’est cette nouvelle manie – ou plutôt son retour – qui consiste à montrer du doigt les "pas-comme-nous" qu’à la base personne n’aurait remarqué. "Ouiiiii, mais y’en a des certains c’est des fous de dieu tu vois, des terrorrissssssssses ! " Que les choses soient claires : pour moi, rien n’est plus joli qu’une église qui brûle.
Elisabeth Badinter et la laïcité lepénisée.