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David Vann

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Tragédies en Alaska : Sukkwan Island et Désolations de David Vann, par Gregory Mion. Crédits photographiques : Guillermo Munoz de Alba (National Geographic Traveler Photo Contest).

Tragédies en Alaska : Sukkwan Island et Désolations de David Vann, par Gregory Mion

«Car ce n’est pas une légère entreprise de démêler ce qu’il y a d’originaire et d’artificiel dans la nature actuelle de l’homme, et de bien connaître un état qui n’existe plus, qui n’a peut-être point existé, qui probablement n’existera jamais, et dont il est pourtant nécessaire d’avoir des notions justes pour bien juger de notre présent.» Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes. «Nous tenons parfois les dinosaures pour des échecs : nous aurons tout le loisir de formuler pareil jugement lorsque l’espèce des hommes aura ne serait-ce qu’un dixième de leur durée d’existence.» S.R.L. Clark, The moral status of animals. David Vann : "J'ai grandi dans une famille de menteurs" LE MONDE DES LIVRES | • Mis à jour le | Par Marie-Pierre Subtil Il y a une quinzaine d'années, David Vann avait les cheveux longs, jusqu'au bas de la taille.

David Vann : "J'ai grandi dans une famille de menteurs"

Il a dû les couper quand il a monté en Turquie sa petite affaire de croisières en voilier pour Américains : ses dreadlocks risquaient de se prendre dans le moteur du bateau. Maintenant, avec ses cheveux ras, il ressemble à un marine. Il éclate de rire à cette remarque : "On me fait parfois pire comme réflexion : on me dit que j'ai l'air d'un Russe ! " Surprenant, ce rire franc, massif et permanent chez un homme qui a connu le pire, auteur d'un roman sombre et violent dont le lecteur se dit qu'il contient forcément une part autobiographique. Sukkwan Island raconte l'histoire d'un père et d'un fils partis pour un an vivre dans une cabane sur une île de l'Alaska. Dans le roman, le fils s'appelle Roy et le père Jim, diminutif de James. L'enfant aussi aime la pêche et la chasse. Interview de David Vann, invité au festival Livres en Tête.

Hier, nous vous proposions une critique du roman Sukkwan Island de David Vann, aujourd’hui nous vous offrons l’interview exclusive de l’auteur, qui nous fera l’honneur de participer à la soirée On a lu le film du festival Livres en Tête (28 novembre). ✎ Comment avez-vous eu l’idée d’écrire ce roman ?

Interview de David Vann, invité au festival Livres en Tête

À l’époque, je n’avais pas conscience de la raison pour laquelle j’écrivais ce livre, mais rétrospectivement je m’aperçois que c’était une sorte de deuxième chance. Mes parents étaient divorcés, je vivais avec ma mère et ma soeur en Californie. Mon père m’avait demandé de revenir en Alaska, vivre avec lui pendant un an. J’ai refusé, et peu de temps après il s’est suicidé, je me suis donc senti extrêmement coupable. Écrire Sukkwan Island était un moyen d’obtenir une deuxième chance en m’imaginant passer un an aux côtés de mon père. ✎ Pourquoi avez-vous choisi de placer l’action du roman sur une île ? David Vann: «Les Américains sont trop débiles» Le meilleur livre de David Vann n'est pas encore sorti en France.

David Vann: «Les Américains sont trop débiles»

Aux Etats-Unis, il est bien sorti mais il n’a pas marché. Il raconte l’histoire de Steven Kazmierczak, un jeune homme dérangé qui, le 14 février 2008 entre 15h05 et 15h11, a pénétré dans la Northern Illinois University armé d'un fusil à pompe Remington calibre 48, d'un Glock, d'un Sig Sauer 9 mm et d'un petit pistolet de rechange. Il a abattu cinq personnes, en a blessé vingt et une, puis s'est suicidé. Dans «Last Day on Earth» («Dernier jour sur terre»), David Vann a tenté de raconter son histoire.

Le résultat est un avatar hypnotisant de «De sang-froid», infiniment plus dérangeant que son modèle. En France sort «Impurs». On finit par comprendre que le grand sujet de David Vann, c'est la haine de l'Amérique. David Vann: «Les Américains sont trop débiles» (2/2) - 8 avril 2013. Après «Last Day on Earth», vous avez sorti «Impurs».

David Vann: «Les Américains sont trop débiles» (2/2) - 8 avril 2013

Y a-t-il des connexions entre les deux livres? Oui, il y en a. Ce que j’ai découvert sur Kazmierczak a eu une grosse influence sur Galen, le personnage principal d’«Impurs». Les deux sont très différents. La folie de Galen, et la violence qu’il fait subir à sa famille, vient du New Age. La violence familiale que vous décrivez dans «Impurs», vous l’avez connue? Mon grand-père a vraiment battu ma grand-mère, et exercé sur elle une grande violence psychologique. Cette violence est-elle une métaphore de la violence américaine? Je construis mes livres sur le modèle des tragédies grecques: je me focalise sur les relations primaires, le fils et la mère en l’occurrence. Cela étant dit, on ne peut pas éviter de refléter son temps. Le New Age occupe une grande place dans le livre.

Interview de David Vann : Désolations. Avant de me plonger dans Désolations, le dernier roman David Vann chez Gallmeister éditions, j’ai repris dans ma bibliothèque son premier roman, Sukkwan Island, prix Médicis étranger 2010.

Interview de David Vann : Désolations

Quel bonheur de relire ce livre, de se fondre dans son univers. David Vann - Désolations.