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Gentrification

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Paris : embourgeoisement ou gentrification. Recensé : Anne Clerval, Paris sans le peuple.

Paris : embourgeoisement ou gentrification

La gentrification de la capitale, Paris, La Découverte, 2013. 256 p., 24 €. Où et comment la gentrification de Paris a-t-elle commencé ? Comment se diffuse-t-elle dans les différents quartiers de la ville ? Et quelles catégories sociales oppose-t-elle ? Ce sont autant de questions posées par la géographe Anne Clerval dans son ouvrage Paris sans le peuple, qui propose une lecture critique, à partir des outils théoriques de la géographie marxiste, du processus de gentrification dans la capitale [1].

Un processus séculaire qui s’accélère dans les années 1990 La première partie de l’ouvrage revient sur les « racines » historiques du processus de gentrification de la capitale en montrant les effets conjugués de la désindustrialisation et des politiques urbaines menées par l’État et la municipalité depuis la fin du XIXe siècle. Les « perdants » et les « gagnants » de la gentrification [2] Voir notamment Catherine Bidou, 1984. “La mixité sociale à Paris est une notion hypocrite” C’est quoi la gentrification ?

“La mixité sociale à Paris est une notion hypocrite”

Anne Clerval - C’est une forme d’embourgeoisement qui concerne les quartiers populaires : le remplacement de la population d’origine s’accompagne d’une transformation matérielle du quartier (habitat, commerces, espace public). Le processus se remarque depuis une vingtaine d’années dans le Nord-Est parisien, où les ouvriers ont laissé la place à la petite bourgeoisie intellectuelle – des cadres aux ingénieurs, en passant par les intellectuels précaires. Comment est-ce arrivé ? C’est le résultat de plusieurs facteurs structurels : d’abord la désindustrialisation de Paris et la concentration d’emplois du secteur tertiaire, mais aussi la levée de l’encadrement des loyers dans les années 1980, qui a relancé la spéculation immobilière. Avec l’abandon des politiques publiques de rénovation (démolition-reconstruction d’îlots entiers), on réhabilite l’habitat ancien populaire pour en faire des lofts ou des appartements confortables. DataParis - Des données sur Paris et les Parisiens localisées par le biais du réseau métropolitain.

Pavillon de l'Arsenal - Maquette numérique Paris Metropole 2020. Politiques urbaines et gentrification, une analyse critique à partir du cas de Paris. 1Depuis quelques années, la gentrification suscite l’intérêt des chercheurs français qui utilisent cette notion pour analyser le devenir des centres-villes (Bidou-Zachariasen, 2003 ; Simon, 2005 ; Fijalkow et Préteceille, 2006 ; Authier et Bidou-Zachariasen, 2008).

Politiques urbaines et gentrification, une analyse critique à partir du cas de Paris

Théorisée et étudiée par des chercheurs principalement anglais et nord-américains depuis les années 1970, la notion désigne une forme particulière d’embourgeoisement qui transforme la composition sociale comme le bâti et l’espace public des quartiers populaires. Elle présente l’intérêt d’éclairer l’interaction entre la transformation des rapports sociaux et celle de l’espace urbain. Inventé par une sociologue marxiste à propos de Londres dans les années 1960, le terme de gentrification avait à l’origine une portée critique en dénonçant l’éviction des classes populaires du centre-ville (Glass, 1964). Les spécificités de Paris par rapport aux autres métropoles Acteurs et facteurs de la gentrification Cartes 1 et 2.

Tableau 1. «Habiter Paris est un signe clair de domination sociale» Alors que Bertrand Delanoë vante, une ultime fois dans les médias, son bilan à la tête de la capitale, que sa dauphine, Anne Hidalgo, s’est lancée dans la bataille des municipales, une jeune géographe, Anne Clerval, met les pieds dans le plat.

«Habiter Paris est un signe clair de domination sociale»

Où est passé le peuple à Paris ? La mixité sociale, sur toutes les bouches, ne serait-elle pas qu’un vain mot ? Paris, dernier refuge de bobos ? Au mot galvaudé, la chercheuse et enseignante à l’université de Marne-la-Vallée, Anne Clerval, préfère le terme plus précis de «gentrifieurs». Dans Paris sans le peuple, qu’elle publie à La Découverte, elle montre comment la gentrification de la capitale s’est faite aux dépens des classes populaires.

Pourquoi utiliser un terme issu de l’anglais «gentrification» ? Le terme français d’embourgeoisement recoupe des processus variés. A quand remonte ce processus ? A Paris, la gentrification apparaît plus tardive que dans d’autres métropoles comme Londres ou New York. Rénover les centres-villes pour réparer les fractures sociales. FIGAROVOX/TRIBUNE - Pour l'historien Pierre Vermeren, une des solutions pour atténuer les fractures relevées par Christophe Guilluy dans son livre La France périphérique pourrait être de réaménager nos centres-villes.

Rénover les centres-villes pour réparer les fractures sociales

Pierre Vermeren est professeur d'histoire contemporaine à l'université de Paris 1. Les analyses de Christophe Guilluy mettent en mots les réalités sociales et physiques qui émergent de 40 ans de crises françaises. Nés dans les trente Glorieuses, les baby-boomers ont vécu leur vie professionnelle au cours de ce long affaissement de la République et de l'économie françaises. S'ils en furent les acteurs, les décisions fondatrices ont relevé de la génération précédente: sortie de l'économie productive, liquidation de l'école de Ferry, économie d'endettement, financiarisation du capitalisme national, immigration familiale de masse, macrocéphalie parisienne, normalisation consumériste et culturelle par les médias etc.