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UE 105 - Genre et Révolution française

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Dominique Godineau, Citoyennes tricoteuses. 1Cet ouvrage est l’heureuse réédition de l’œuvre fondamentale de Dominique Godineau sur les femmes du peuple à Paris pendant la Révolution française qui était parue en 1988 aux éditions Alinea. Il porte sur la situation sociale des femmes du peuple, leurs pratiques politiques et les rapports masculins/féminins dans le mouvement révolutionnaire. La connaissance de cette œuvre pionnière, écrite par une spécialiste de la Révolution et des rapports sociaux de sexe, est indispensable aussi bien dans le cadre de la réflexion sur la Révolution que dans celui de l’histoire des femmes. 2Une masse considérable d’archives a été consultée pour retrouver les traces toujours difficiles à saisir de ces femmes du peuple. Si elle a souvent été occultée, ou déformée par les représentations, l’action politique des femmes est, en effet, inscrite dans les archives, encore faut-il l’y chercher. 7La quatrième partie étudie les mouvements féminins de masse après la chute du gouvernement révolutionnaire.

Femmes, genre, révolution. 1 Voir Femmes entre ombre et lumière. Recherches sur la visibilité sociale (XVIe-XXe siècles), sous l (...) 1Pour une histoire qui travaille à sortir les femmes de la relative invisibilité dans laquelle elles ont longtemps été reléguées, la Révolution offre un moment d’observation privilégié. Dans les études actuelles sur la Révolution, il ne semble plus possible de faire l’impasse sur la présence des femmes.

Mais, l’histoire du genre pousse à dépasser cette visibilité additive qui ne consiste qu’à redonner aux femmes dans le tableau la place quelles avaient occupée mais qui avait été plus ou moins occultée par la mémoire et l’histoire pendant certaines périodes1. 2Dans un premier temps, la question posée, essentiellement par les historiennes anglo-saxonnes de la gender history, a été celle du refus des droits qui vont de la privation du droit de vote à l’interdiction de défendre la Nation dans l’armée, le 30 avril 1793, et à la fermeture des clubs féminins, le 30 octobre 1793. Jean-Clément Martin, La révolte brisée. Femmes dans la Révolution française et l’Empire. 1Dans ce nouvel ouvrage, Jean-Clément Martin s’intéresse au « genre » dans la formation de la Nation française entre 1770 et 1820, pendant cette quarantaine d’années où les relations entre les hommes et les femmes ont profondément été remises en question.

Après l’éclairage de la violence, cet angle d’observation entraîne de nouvelles interrogations qui peuvent aboutir à remanier la vision générale de l’édifice social. En effet, essayer de comprendre ce qui s’est débattu autour des « citoyennes » remet en cause bien des certitudes comme l’ont montré les travaux pionniers de Dominique Godineau et on ne peut que se féliciter de la parution d’un ouvrage qui participe à la réflexion sur ces enjeux. L’auteur a souhaité interroger « toutes les dimensions de la vie dans lesquelles les questions sexuées jouent ». Les rassemblant en un bouquet, dans une démarche présentée en quatre chapitres chronologiques, il aborde des questions très diverses, de la mode aux discours d’assemblée. L'historiographie de la Révolution Française à la veille du bicentenaire. N'a-t-il pas été dit ou plutôt écrit sur la Révolution Française ? Quelles retouches apporter à un canevas événementiel sans mystère ? Ou, avec plus de perfidie, l'historiographie française de la Révolution ne s'est-elle pas sclérosée, devenant répétitive, en s'enfermant dans le dogmatisme, quitte à laisser la fraîcheur des nouvelles découvertes à d'autres, les Anglo-Saxons peut-être, dont on souligne l'activité sur ce chantier qu'ils abordent sans préjugés.

Entre les constats et les procès d'intention, quelques réalités s'imposent, au tournant des années 80, dans l'appréciation de ce paysage collectif. Comme elle a reculé dans les programmes de l'enseignement primaire et a fortiori secondaire, l'histoire de la Révolution, enseignée à la veille de la dernière guerre mondiale dans la quasi totalité des Universités Françaises, ne l'est plus aujourd'hui que dans quelques-unes, mis à part la Sorbonne — Paris, forteresse assiégée ?

La Révolution à l'œuvre - Iconographie, gravure satirique et Révolution française. P. 305-316 La Révolution française et l’Europe, 1789-1799, Paris, RMN, 1989, 3 volumes. Monique Cottret, Culture et politique dans la France des Lumières (1715-1792), Paris, Armand Colin, coll. « U », 2002. « Vertus républicaines et État libre. Structure et signification conceptuelles dans l’Europe moderne et à la naissance des États-Unis d’Amérique », dans Allan Ellenius (dir.), Iconographie, propagande et légitimation, Paris, PUF, 2001.

Maurice Agulhon, Marianne au combat. L’imagerie et la symbolique républicaines de 1789 à 1880, Paris, Flammarion, 1979. Claudette Hould, L’Image de la Révolution française, Catalogue d’exposition, musée du Québec/Publications du Québec, 1989. Entre Liberté, République et France. La Liberté. Annie Jourdan, « L’allégorie révolutionnaire. Michel Offerlé, « Voter en images : pour une iconographie du suffrage universel », dans Michel Pertué (dir.), Suffrage, citoyenneté et révolutions, 1789-1848, Paris, Société des études robespierristes, 2002. Ibidem, p. 121 W. Les femmes et la Révolution française : recherches en cours. Une exclusion politique en débat. La période de la Révolution française offre ainsi le paradoxe d’une nation proclamant le droit naturel, et donc l’universalité des droits de l’être humain, et qui exclut, dans le même temps, la moitié de la population de la citoyenneté en violation du principe de l’égalité des droits.

Comme Richelieu justifiait, au XVIIe siècle, leur exclusion de l’espace public au nom de la raison, c’est au nom de la nature qu’elle est prononcée alors, comme le soutient Colette Capitan (5). De telle sorte que, dans un premier temps, la question posée, essentiellement par les historiennes anglo-saxonnes de la Gender History, a été celle du refus des droits entraînant une vision négative de la Révolution, considérée comme la défaite historique des femmes.

À tel point que certaines historiennes comme Joan B. Landes (7) ont cru pouvoir affirmer que « la République a été construite contre les femmes et pas seulement sans elles ». Un récit d’ouverture Notes (18) Olwen H. Lynn Hunt, de la Révolution française à la révolution féministe. Le nom de Lynn Hunt est associé à la nouvelle histoire politique et culturelle de la Révolution française. [2][2] Lynn Hunt est l’auteur de trois ouvrages principaux :... Déjà dans son premier livre, Revolution and Urban Politics in Provincial France. Troyes and Reims, 1786-1790, Lynn Hunt cherchait à comprendre la politique comme pratique sociale. Mais ce n’est qu’à partir de son deuxième livre qu’elle développa pleinement une approche distinctive de l’analyse de la culture politique révolutionnaire. Intéressée par l’attention prêtée au discours politique dans l’œuvre de François Furet, Lynn Hunt développa sa propre démarche pluridisciplinaire, en empruntant aux chercheurs en littérature, en anthropologie et finalement en psychologie et en sciences cognitives des techniques de lecture de discours et d’images, afin de construire sa propre grille analytique des pratiques, des rhétoriques et des symboles qui donnaient à la Révolution sa force politique extraordinaire.

LH : C’est vrai ! Parole publique des femmes et conflictualité pendant la Révolution, dans le Sud-Est de la france. 1Sous l’Ancien Régime, les provinciales sont peu visibles dans l’espace politique. On sait que des femmes participaient parfois aux assemblées des communautés, mais leur parole est rarement rapportée dans les textes. De plus, dans le Sud-Est, une évolution oligarchique de la vie municipale au XVIIIe siècle transforme ces assemblées en conseils clos ce qui rend leur présence encore plus improbable. 2La parole des femmes devient plus facilement audible, et éventuellement visible dans les archives, en situation de crise, de conflictualité, dans les périodes d’affaiblissement de normes qui voudraient les cantonner à l’espace privé.

Des émeutes aux grandes crises politiques, telles la Fronde, les révolutions, dans tous les moments de rupture, des femmes s’expriment par des actes, ou des paroles, investissant ainsi la sphère publique. Elles peuvent alors exprimer leurs points de vue et tenter de contrôler les autorités en énonçant leurs volontés1.