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Allia

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Les éditions Allia ont été créées en 1982. Elles comptent désormais dans leur
bibliothèque plus de six cents ouvrages.

Initialement, elles ont privilégié des textes négligés par les autres éditeurs ou non protégés par le copyright. Quand elles ont commencé à publier des auteurs contemporains, elles l'ont fait dans un esprit analogue : satisfaire et dérouter un lectorat avide d’“autre chose”.
. Au palais des images, les spectres sont rois (ptyx)

Pourquoi il m’arrive d’écrire, pourquoi j’imagine que l’on écrive avec une certaine pertinence?

Au palais des images, les spectres sont rois (ptyx)

Mais pour déranger son lecteur, pour troubler ses petites ou ses grandes habitudes, pour le livrer à lui-même. Une Oeuvre peut exister séparément de la volonté qu’il y a eu à la faire, ou de celle qu’il y eut à ne pas voir s’en constituer une. Il n’est pas nécessaire, dans le chef de qui les commet, que ces écrits soient rassemblés, organisés, voire même publiés, pour qu’une logique d’ensemble puisse se dessiner à son propos. Parfois même, il est indispensable que ce ne soit pas le cas, le désordre étant l’une des raisons fondatrices de chacune de ses parties. S’affrontent alors deux logiques opposées, celle de sa constitution et celle de sa réception, les causes présidant à la première compliquant la seconde. L'été des charognes (RTBF) L’été des charognes raconte une enfance à la campagne, dans toute la brutalité de son quotidien.

L'été des charognes (RTBF)

A La Fourrière, un petit village perdu de la France profonde, on apprend à couper des jugulaires d’agneaux comme on épluche les pommes de terre, on apprend à enfouir les cadavres d’animaux et à conduire la voiture quand son père est rouge d’éthanol. A La Fourrière on apprend à grandir entre les charognes et les vieux, et l’on n’a que peu de considération pour la vie. Les Souhaits ridicules (Entrez sans frapper, RTBF) L'été des charognes (ActuaLitté) Une langue contemporaine, libre et vivante, intensément sonore et visuelle.

L'été des charognes (ActuaLitté)

Une puissance lyrique éclatante, qui opère par surprise et nous entaille, pénétrante et déstabilisante. Un rythme et une tonalité accrochés à l'enfance, rugueux et attachants à la fois. La lecture est sans distance, brutale et cruelle, peu joyeuse mais aussi très éloignée de toute compassion. Un regard sans fard ni effusion qui marque l'esprit, soulève le cœur en laissant l'odeur de mort se répandre au fil des pages, âcre, oppressante et tenace. Et pourtant, au-delà de l'environnement bestial, au-delà de la noirceur, de l'isolement et de la pauvreté en milieu rural, des éclats de rire surgissent, des lueurs d'espoir évanescentes animent l'enfance, aident à grandir puis à partir plus loin (pour revenir).

L'été des charognes (Karoo) La langue de Simon Johannin n’attend pas davantage que les premières lignes pour se faire entendre.

L'été des charognes (Karoo)

Elle heurte peut-être cinq secondes avant de s’insinuer dans l’esprit, faisant que même détourné du livre pendant quelques heures, on se surprend à penser dans sa langue. Ça ne m’arrive jamais, ça, d’être imbibée par une langue au point de l’avoir sur la mienne, sauf peut-être avec Duras-la-contagieuse ou après la lecture d’un Shakespeare où je me prends, soudain, à envisager mon programme de l’après-midi en vers et mots châtiés. L’histoire démarre à la Fourrière. « La Fourrière, c’est nul part. » Le narrateur y côtoie d’autres gamins de fermiers aux terres communales louées. L’été des charognes (Addict Culture) Il s’agit sans doute d’un de ces livres qui vous sort de votre ligne de confort, une lecture qui ne laisse pas indemne ni indifférent.

L’été des charognes (Addict Culture)

L’été des charognes, le premier roman de Simon Johannin, est un livre époustouflant par sa cruauté dans cette atmosphère étouffante, la brutalité des propos. Sans conteste dès les premières lignes il est impossible de lâcher ce roman même si une situation de malaise flagrant vous saisi. Confessions de Nat Turner (RTBF) L'été des charognes (Le Triangle Masqué) Un auteur déboule de nulle part.

L'été des charognes (Le Triangle Masqué)

Il a une gueule de bébé qui se transformerait en mauvais garçon. Et un regard doux comme un agneau. Le droit à la paresse  (Charybde 27) X L’homme politique, journaliste et écrivain Paul Lafargue (1842-1911) rédigea cet essai qui le rendit célèbre, tandis qu’il était incarcéré à Paris pour propagande révolutionnaire, en réponse aux paroles de Thiers qui appelait l’homme à souffrir au travail et à ne pas jouir de la vie, et en réfutation du droit au travail de 1848 (sous-titre de l’essai).

Le droit à la paresse  (Charybde 27)

«Une étrange folie possède les classes ouvrières des nations où règne la civilisation capitaliste. Cette folie traîne à sa suite des misères individuelles et sociales qui, depuis deux siècles, torturent la triste humanité. L'été des charognes (Tête de lecture) Titre et couverture annoncent la couleur : sombre.

L'été des charognes (Tête de lecture)

Et pour l’odeur, ce sera puant, comme les carcasses de brebis abandonnées au soleil d’été ou la fumée des usines d’engrais et de croquettes pour chiens. Environnement glauque et poisseux, très fermé, dont on ne peut s’extraire car brebis comme usines signifient travail, dernier rempart contre la misère. La misère économique qui plane comme un spectre autour des familles qui vivent à La Fourrière, « le nom du bout de goudron qui finit en patte d’oie pleine de boue dans la forêt et meurt un peu plus loin après les premiers arbres. La Fourrière, c’est nulle part« . Interview simon Johannin (I-D Vice) Les charognes s'amoncellent et pourrissent dans les ravins.

Interview simon Johannin (I-D Vice)

Les chiens y fourrent leur museau et hurlent à la mort. Sous le soleil blafard et à l'orée des forêts, les gamins du coin vomissent leur ennui en sautant de carcasse en carcasse, ruisselants de boue et de sang. L'environnement que dépeint Simon Johannin dans L'Été des Charognes, son premier roman paru aux éditions Allia, transpire l'azote, les phosphates et le fumier. Ce territoire hostile, la campagne française reculée, Simon, 24 ans, y est né et y a grandi. Ses parents, néo-ruraux, l'ont élevé au pied de la Montagne Noire, un massif du Tarn dont le nom suffit à en déceler l'inquiétante beauté. La fin du monde n'aura pas lieu (En attendant Nadeau) Un projet de livre sur la fin du monde.

La fin du monde n'aura pas lieu (En attendant Nadeau)

Voilà le point de départ de l’écrivain facétieux qui fait d’une « obsession », dixit son épouse, un texte étonnant, déconcertant, et surtout désopilant. Patrik Ourednik se fait l’écho, comme dans Europeana : Une brève histoire du XXe siècle, des discours habituels, éculés, pour construire une histoire de la fin du monde, qui, si l’on en croit le titre de l’ouvrage, « n’aurait pas eu lieu ». La fin du monde n’aurait pas eu lieu invite le lecteur à une réflexion sur l’histoire et ses discours, ses vérités, sur la société contemporaine, tout en tissant une réflexion, doucement ironique, sur la création littéraire. L’été des charognes (Les Nouvelles vagues, France Culture) La fin du monde n’aura pas eu lieu (Ptyx)

Vous avez acheté mon livre? Vous avez eu tort. La fin du monde reste une question sensible. Comme l’est, et pour des raisons peut-être pas si différentes, celle du futur antérieur. Europeana (Tête de lecture) Europeana porte en sous-titre « une brève histoire du XXe siècle » et il est certain que le terme « histoire » n’est pas à prendre au sens conventionnel de succession de faits chronologiques rapportés de façon impartiale. On pourrait aussi le sous-titrer « histoire de l’Europe par ses stéréotypes », ce qui fera fuir tout historien dénué d’humour, s’il n’y avait bien plus derrière le brillant exercice de style. On commence par la taille des soldats durant les deux guerres mondiales, détail sur lequel on ne se penche pas assez… Et des détails, Patrik Ourednik en abreuve son lecteur, certains terriblement futiles et précis. Après quelques pages, on ne sait plus bien ce qui est essentiel et ce qui ne l’est pas et c’est bien là le propos : qu’est-ce qui mérite d’être retenu ?

Hiroshima ou l’invention de la poupée Barbie ? Confessions de Nat Turner (En attendant Nadeau) Le dimanche 21 août 1831, Nat Turner, également appelé « le Prophète », habitant du comté de Southampton en Virginie, se rendit dans les bois pour une réunion secrète avec Hark, Henry, Sam, Nelson, Will et Jack, esclaves comme lui. Confessions de Nat Turner. Trad. de l’anglais (États-Unis) par Michaël Roy. Allia, 80 p., 6,50 € À 2 h du matin, le petit groupe dont Nat avait pris la tête se dirigea vers la ferme de Joseph Travis, y pénétra et tua tous les occupants blancs. Entretien avec Gérard Berréby (mai 2011) Lorsque l’on parle d’édition indépendante de qualité, un nom revient fréquemment, celui d’Allia. Que ce soit dans le domaine de la littérature contemporaine, de la critique sociale ou de l’histoire politique, Gérard Berréby, son fondateur, a construit via Allia un catalogue d’une cohérence et d’une richesse aussi rares que précieuses.

Et semble avoir réussi son pari : faire rimer liberté éditoriale et choix de publication ambitieux avec réussite commerciale. A rebours des positions pessimistes habituellement tenues sur l’évolution du monde du livre par ses acteurs – à cet égard, il est intéressant de confronter le discours précédemment tenu par Eric Hazan en ces pages (cf. Zapa Speech #2, part. 1), avec celui du fondateur d’Allia –, Gérard Berréby dresse un tableau de la situation de l'univers éditorial très éloigné de celui qu’on nous dépeint habituellement.