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CARE

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Sollicitude
vulnerabilite

LV. La vulnérabilité, nouvelle catégorie de l’action publique. Le recours au concept de vulnérabilité est aujourd’hui généralisé au point que celle-ci est devenue une catégorie analytique à part entière : elle sert à désigner les publics cibles de l’action sanitaire et sociale comme les formes de pauvreté et de précarité et est indissociable de leur traitement par l’action publique, quand elle ne qualifie pas cette dernière.

La vulnérabilité, nouvelle catégorie de l’action publique

Autant dire que les vulnérabilités sont multiples et leurs sens parfois équivoques. Vulnérabilités sanitaires et sociales. La « vulnérabilité » : un terme peu usité des historiens.

Vulnérabilités sanitaires et sociales

Repris de la médecine, de la psychiatrie et de la gérontologie – où il a ensuite davantage percé sous son synonyme de « fragilité » –, il s’est aussi imposé en économie, en statistique et en expertise sur le développement [1][1] Sur la généalogie du concept de vulnérabilité, voir... ; il gagne depuis les années 1990-2000 les sciences humaines et sociales et même le droit commence à en faire usage. Il a envahi les discours politiques et médiatiques. En histoire pourtant la notion reste encore absente [2][2] L’une des rares appropriations assumées a été celle.... De fait, elle s’apparente plutôt, au premier regard, à un nouvel avatar terminologique. Peut-être, si l’on considère que cette succession de termes renvoie d’abord à une volonté de mieux penser les réalités sociales.

Stricto sensu, ce dernier trait – une notion propre à la post-modernité – serait donc un obstacle à son utilisation en histoire. De quoi l’assistance est-elle le minimum. Lors du forum « Refaire société », qui se tiendra à la Mc2 de Grenoble du 11 au 13 novembre prochains, Frédéric Worms s’entretiendra avec Philippe Warin et François de Singly sur "Protection ou autonomie ?

De quoi l’assistance est-elle le minimum

" Débat animé par Nicolas Duvoux, samedi 12 novembre à 16h 30. Une sollicitude peu émancipatrice. Recensé : Anna Colin Lebedev, Le cœur politique des mères.

Une sollicitude peu émancipatrice

Analyse du mouvement des mères de soldats en Russie, Éditions de l’EHESS, Paris, 2013, 246 p. L’ouvrage d’Anna Lebedev sur le mouvement des mères de soldats en Russie doit être salué à plusieurs titres. D’abord parce qu’il s’agit d’un tableau saisissant, au regard des problèmes du service militaire, des conditions de pauvreté et d’iniquité dans lesquelles est plongée une grande partie des Russes. Ensuite parce que, à partir de l’analyse du mouvement des mères de soldats, il va à l’encontre du stéréotype bien établi de Russes passifs, soumis et dociles. Enfin parce que, en montrant la complexité des liens entre les Mères de soldats et l’institution militaire, il ne tombe pas dans les travers médiatiques des dichotomies en noir et blanc entre le camp des bons opposants et celui du méchant pouvoir.

Intégrer les marges. Recensé : Leah Vosko, Managing the Margins.

Intégrer les marges

Gender, Citizenship, and the International Regulation of Precarious Employment, Oxford, Oxford University Press, 2010. 336 p., 90 $ Le nombre d’ouvrages parus ces vingt dernières années sur le thème de la précarisation de l’emploi pourrait laisser penser qu’à défaut d’avoir trouvé une solution à ce problème, tout ou presque a été dit à ce sujet. C’est dans ce « presque » que vient s’inscrire le dernier ouvrage de Leah Vosko, Managing the Margins. La justice à l’épreuve de l’altérité. Recensé : Corine Pelluchon, Éléments pour une éthique de la vulnérabilité, Paris, Cerf, 352 p., 24€.

La justice à l’épreuve de l’altérité

Le dernier ouvrage de Corine Pelluchon, intitulé Éléments pour une éthique de la vulnérabilité, reprend et prolonge les interrogations menées dans son précédent livre, L’autonomie brisée [1]. L’auteure y part du constat d’une incapacité du contractualisme libéral à offrir une réponse satisfaisante à des problèmes moraux et politiques devenus centraux dans les sociétés libérales et démocratiques contemporaines – le problème écologique, le problème du traitement des animaux et le problème de l’organisation du travail et de la solidarité – et vise à retravailler le libéralisme politique afin de lui permettre de répondre aux défis du temps présent. Une commune racine du mal. La morale des sentiments. Recensé : Michael Slote, A Sentimentalist Theory of the Mind, Oxford University Press, 2014, 272 p.

La morale des sentiments

Michael Slote, professeur d’éthique à l’université de Miami, connu pour ses travaux de recherche associant éthique des vertus et éthique du care, veut proposer une alternative à l’éthique libérale et rationaliste en s’appuyant sur le sentimentalisme moral qui défend la thèse selon laquelle la bonne action et son évaluation reposent non sur la raison mais sur les sentiments. Cependant il bute dans ce projet sur un obstacle de taille : notre conception de l’esprit est entièrement rationaliste. Jusqu’où ira le care. Recensés : Frédéric Worms, Le moment du soin.

Jusqu’où ira le care

À quoi tenons-nous ? , Paris, PUF, coll. « Ethique et philosophie morale », 2010, 271 p., 26 €. Marie Garrau et Alice Le Goff, Care, justice et dépendance, Paris, PUF, coll. « Philosophies », 2010, 151 p., 12 €. Carol Gilligan et l’éthique du care, coordonné par Vanessa Nurock, Paris, PUF, coll. « Débats philosophiques », 2010, 176 p., 15 €. Alors que le linguiste italien Raffaele Simone analyse dans Le Monstre doux comment une droite décomplexée en Europe a su se rallier des populations enfermées dans des égoïsmes arrogants qui privilégient la consommation à tout crin, le divertissement, le culte du corps jeune à tout prix et l’argent facile plutôt que le travail, comment défendre aujourd’hui une philosophie morale et politique enracinée dans l’attention aux autres, qui, de plus, se nourrit d’un concept issu de la gauche intellectuelle américaine, celui de care ?

Du sensible dans les institutions. Pour une théorie générale du « care » Force de la vulnérabilité. Recensé : Corine Pelluchon, L’autonomie brisée.

Force de la vulnérabilité

Bioéthique et philosophie. PUF, collection Léviathan. 315 p., 35 €. Corine Pelluchon place d’emblée son lecteur dans une posture exigeante : la citation mise en exergue de son ouvrage, empruntée à Max Horkheimer, évoque les souffrances éprouvées à chaque instant sur terre, sans la conscience desquelles « toute décision est aveugle », toute certitude ou tout bonheur illusoire. Vulnérabilité de l’humain, précarité du politique. Recensé : Miguel Abensour, Emmanuel Levinas, l’intrigue de l’humain.

Vulnérabilité de l’humain, précarité du politique

Entretiens avec Danielle Cohen-Levinas, Paris, Editions Hermann, 2012, 122 p. Judith Butler, dans Vie précaire [1], (recueil d’articles consacrés au 11 Septembre 2001), avait trouvé en Levinas une pensée de la relation mettant en question la représentation commune de la souveraineté. Ce recueil considérait également ce qui fait la fragilité du politique et le mode de l’adresse qui est à l’origine de la sortie de soi, de l’exacerbation de la sensibilité morale et politique.

On retrouve ce même cheminement chez Miguel Abensour. Ses entretiens avec Danielle Cohen-Levinas permettent de mettre à jour ce qui constitue un parcours théorique, dont on voit bien déjà qu’il a en commun avec Judith Butler d’avoir repris à son compte la catégorie arendtienne de la pensée politique comme fragilité de l’expérience du commun. Le concept de vulnérabilité. Le terme de « vulnérabilité » continue de poursuivre, lentement mais sûrement, sa diffusion sociétale, au point – et c’est là une bonne chose – d’interroger un nombre croissant d’acteurs. Il est de fait devenu omniprésent – dans les médias, les rapports et les communiqués des associations ou le monde universitaire, comme l’illustre la courbe de ses occurrences répertoriées dans Google scholar. Un terme des années 2000 donc, qui présente la société (individus et collectif) comme vulnérable, le plus souvent sans grande réflexion sémantique. Care. Le bien est-il bien naturel. Recensé : Vanessa Nurock, Sommes-nous naturellement moraux ?

, PUF, collection Fondements de la politique, 2011. 304 p., 26 €. Le livre de Vanessa Nurock définit avec finesse une articulation possible entre le travail de la philosophie morale et certaines sciences empiriques (biologie, psychologie, sciences cognitives). Pour l’auteur, l’intérêt de la philosophie morale pour les sciences se justifie par une raison intrinsèquement éthique : « sans (ou contre) la biologie, l’éthique est inhumaine et [...] elle est même susceptible d’être immorale » (p. 62).

L’enjeu est de parvenir à décrire un peu plus justement la manière dont les êtres naturels que nous sommes développent, avec plus ou moins de bonheur, un comportement moral. L’ouvrage procède en deux parties. Naturaliser la morale ? Vanessa Nurock définit sa position comme une « naturalisation modérée » de l’éthique. Cette position de « naturalisation modérée » est développée tout au long de la première partie. Morale naïve et sens moral.