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L'Argent par Juddi Krishnamurti.

05 octobre 2012

L'Argent par Juddi Krishnamurti.

L'Argent

par J.Krishnamurti.

C’est une grande illusion de vouloir être riche pour faire du bien en aidant les autres, ou de justifier sa richesse par charités. Le tort qui a été commis en amassant des richesses ne peut être réparé par aucune charité. L’argent étant une forme de pouvoir, aider les autres c’est simplement exercer ce pouvoir.

Le pouvoir sous forme de possession est exercé par les Églises sous deux formes: placement de capitaux pour leur richesse matérielle, exploitation de la faiblesse humaine pour distribuer les richesses dites spirituelles. Les Églises qui se disent spirituelles encouragent les riches; elles encouragent donc aussi les pauvres à rester pauvres.

Le riche qui décide de devenir pauvre et qui donne tous ses biens fait une action qui est égale à zéro, car elle n’est pas une action au vrai sens du mot, mais une réaction. La pauvreté pour lui n’est que l’opposé de la richesse, au sein d’un conflit qui n’est pas résolu,

Il est aussi faux de croire que la richesse est un mal et la pauvreté une vertu qu’il est faux de croire l’inverse.

La richesse qui n’est que possession est négative. La pauvreté qui n’est qu’un manque de possession est aussi négative. La richesse et la pauvreté sont positives lorsqu’elles s’unissent dans la plénitude intérieure du détachement.

Lorsque la richesse et la pauvreté sont séparées de la possession elles acquièrent dans ce détachement un sens nouveau, la pauvreté de l’avoir devient la richesse de l’être.

Les hommes ont élevés en eux-mêmes une double barrière à la Vérité, la richesse et la pauvreté. Mais la Vérité ne peut pas être trouvée au moyen de possessions spirituelles ou matérielles. Elle n’est pas le résultat de compensations dans ces deux domaines. Elle n’est riche ni pauvre d’aucune sorte de possessions. Toutes les discussions à ce sujet ne mènent à rien, et je ne voudrais pas trop m’y arrêter. Comment prendre pour critérium de vérité le confort et l’inconfort physique? Celui qui est vraiment simple n’est influencé ni par le confort ni par l’inconfort, parce qu’il possède la plénitude de la Vie.

J’ai dit que la vraie simplicité est la plénitude du détachement. Elle est à la fois la plénitude de l’amour détaché et impersonnel où ne subsiste plus la distinction sujet et objet, et la plénitude de la pensée concentrée jusqu’à l’extrême mais tout à fait souple, jamais rigide, toujours alertée à l’essentiel. Cet ensemble harmonieux de l’amour et de la pensée est la simplicité de l’intuition, qui est le détachement.

Le détachement dont je parle ne se traduit pas par le contentement de vivre dans les conditions où l’on se trouve. L’homme qui se contente de tout n’est pas essentiellement différent de celui qui veut toujours changer les conditions extérieures parce qu’il ne trouve de paix nulle part. Ni l’un ni l’autre ne sont vraiment détachés. Ils continuent à être esclaves et complices des causes qui créent la civilisation où ils se trouvent. Ils contribuent à cette civilisation qui emprisonne l’homme.

Celui qui est parvenu au vrai détachement s’est donc d’abord délivré de son état d’esclavage, c’est-à-dire qu’il n’est plus esclave des causes qui à chaque instant créent une civilisation qui enchaînent les hommes. Et du fait qu’il s’est délivré, qu’il ne contribue plus à créer cette civilisation, il appartient au contraire à la vraie civilisation, dont le but est la délivrance de l’homme.

Dès lors, sa simplicité ne s’exprime pas par des réactions à l’intérieur de la civilisation dont il s’est détaché: il ne réagit pas contre telle ou telle façon de s’habiller et de vivre en affirmant que la vérité consiste à s’habiller et à vivre autrement. Il ne peut prendre position à l’intérieur du jeu auquel il ne joue plus. Pour lui le jeu tout entier de cette civilisation est en dehors de ce qu’il considère comme étant l’ordre naturel qui convient aux hommes. Si les autres pensent pouvoir s’y adapter, lui, par contre, y est purement et simplement inadapté.

Certes, il utilise de cette civilisation ce dont il a physiquement besoin pour vivre selon un minimum qui ne comporte aucun désir personnel. Si les circonstances le placent dans des conditions où ce minimum lui est refusé, cela pourra l’affaiblir physiquement jusqu’à étouffer son expression, jusqu’à le tuer, mais cela ne changera pas sa nature ni la nature de son expression.

Dans une civilisation uniquement créée par des réactions qui enchaînent les hommes et les font souffrir, il est libre, donc il agit librement, d’une façon simple et naturelle. Non seulement il ne crée plus de souffrance, mais son action est positive parce qu’elle dégage l’essence des choses. Ceux qui souffrent parce qu’ils sont pris dans leurs irréalités peuvent boire à son eau pure. L’eau pure est là pour étancher leur soif. Mais s’ils la mêlent à de la boue ils ne pourront plus la boire.

Le vrai détachement est un bonheur qui n’a pas de qualités. Il ne consiste pas, seulement à être délivré de la richesse et de la pauvreté: cette délivrance n’est qu’un de ses aspects. Le détachement total est une solitude totale. Tant que l’on ne parvient pas à cette solitude la pensée et les émotions sont un fardeau. Dans la complète solitude, la pensée est pure, purement humaine, joyeuse, elle surgit de sa propre joie, de sa propre action, elle est normale enfin, car elle n’est pas provoquée par des réactions.

Avant ce détachement complet, la pensée, née de réactions, était une réflexion sur les altérations que subissait le « moi ». Maintenant la pensée n’est plus une réflexion, elle porte sur l’essence, donc elle ne s’altère pas.

Personne ne peut nous dire si nous sommes détachés ou non. De même, nous ne pouvons pas juger les autres, mais nous-mêmes. Et, pour être nos propres juges, nous devons nous examiner avec la plus grande honnêteté. Tant que nous éprouvons la sensation d’être incomplets, tant que nous ne possédons pas la plénitude totale, nous ne sommes pas encore détachés.

La plénitude du détachement est le bonheur, qui est compréhension, car il résulte de la totalité de l’expérience, et celle-ci contient l’essence de la vie. Si l’on comprend bien ce que j’entends par expérience, on verra que cette totalité est contenue dans chaque expérience particulière, à condition que celles-ci soit véritable...