background preloader

L'essence, sa dérision et sa glorification

Facebook Twitter

De Joséphine Baker à Chocolat

(1925) Josephine Baker dancing the original charleston. Auto-essentialisation : quand Joséphine Baker retournait le racisme contre elle-même. Dans le cadre de notre série mensuelle « Les couleurs du racisme », l’historien Erick Cakpo analyse ici un extrait du film Princesse Tam Tam (voir ci-dessous), et met en évidence les stéréotypes racistes qui infusaient le cinéma et le monde du divertissement en général dans les années 1930, tout en s’interrogeant sur la tentative de réappropriation critique par les artistes concerné·e·s, à commencer par Joséphine Baker.

Auto-essentialisation : quand Joséphine Baker retournait le racisme contre elle-même

Dans ce court extrait de Princesse Tam Tam (1935), le réalisateur français Edmond Gréville met en scène l’artiste franco-américaine Joséphine Baker (1906-1975). Au son du tam-tam, des maracas, du gong et du guiro, des instruments symbolisant un certain exotisme, elle exécute, pour un public européen, une danse censée évoquer l’ailleurs lointain.

L’essentialisation. Dernier exemple en date d’essentialisation : l’ex-footballeur Lilian Thuram, accusé de racisme anti-blancs… L’immoralité de l’essentialisation « Essentialisation », c’est l’insulte suprême aujourd’hui, c’est le terme que j’ai l’impression d’entendre dès qu’on parle de genres, de sexes ou de races, et en général pour mettre fin au débat.

L’essentialisation

Par définition, l’essentialisation est l’acte de réduire un individu à une seule de ses dimensions, ce qui suppose qu’il y a non seulement réduction d’un individu, mais qu’il y a l’idée de le faire malgré l’individu lui-même. Essentialiser, c’est donc poser une étiquette. Chocolat - Le Clown nègre - Films Lumiere. Race, islamophobie, intersectionnalité : ces mots qui restent tabous en France. L’incident a duré quelques jours, mi-février, sur Facebook.

Race, islamophobie, intersectionnalité : ces mots qui restent tabous en France

Impossible de viraliser le dossier que la revue Mouvements venait de mettre en ligne, consacré à l’intersectionnalité, cette façon de regarder les faits sociaux en combinant notamment le genre et la race aux classes sociales. “Revue des idées et des luttes”, Mouvements rassemble depuis vingt ans chercheurs et chercheuses, militants et militantes et aussi des journalistes dans le but de “conjuguer le sérieux et la rigueur à un souci de réactivité aux grands débats et faits du moment” et de “montrer que les sciences sociales peuvent contester ou utilement éclairer les prises de position politique” - c’est ce que dit la profession de foi sur le site de la revue.

Le dossier censuré quelques jours avait été signalé par des usagers du réseau social. PRINCESS TAM TAM, Edmond T. Gréville, 1935 - Josephine Baker Dancing. « Les imaginaires sexuels coloniaux ont façonné les mentalités des sociétés occidentales » Traversant six siècles d’histoire (de 1420 à nos jours) au creuset de tous les empires coloniaux, depuis les conquistadors, en passant par les systèmes esclavagistes et jusqu’à la période postcoloniale, notre ouvrage Sexe, race et colonies.

« Les imaginaires sexuels coloniaux ont façonné les mentalités des sociétés occidentales »

La domination des corps du XVᵉ à nos jours explore le rôle central du sexe dans les rapports de pouvoir. Il interroge aussi la manière dont les pays esclavagistes et colonisateurs ont (ré)inventé l’« Autre » pour mieux le dominer, prendre possession de son corps comme de son territoire, tout en décryptant l’incroyable production visuelle qui a fabriqué le regard exotique et les fantasmes de l’Occident : autant d’images qui reflètent la domination raciale et sexuelle.

La compréhension de leur contexte de production, l’appréciation de leur diffusion, de leur réception, de leur importance dans l’histoire visuelle, visent à décentrer les regards et à déconstruire ce qui a été si minutieusement et massivement fabriqué. Une immense production d’images. Le fabuleux destin du véritable clown Chocolat. Derrière la performance d'Omar Sy se cache un esclave noir cubain, devenu star du Tout-Paris à la Belle Époque... avant de s'éteindre dans la pauvreté.

Le fabuleux destin du véritable clown Chocolat

Rafael Padilla a eu une vie hors du commun, dorénavant transposée au cinéma, et qui donne actuellement lieu à une exposition à la Maison des Métallos. Il a été «l'étoile noire» de la fin du XIXe siècle. Redécouvert à l'occasion de la sortie du film Chocolat de Roschdy Zem, le clown Chocolat, de son vrai nom Rafael Padilla, a été le premier grand artiste noir à se produire sur la scène française à la Belle Époque. Tour à tour esclave, garçon de ferme, mineur et star du spectacle, le comédien a connu la misère puis la gloire avant de sombrer dans la pauvreté et l'anonymat.

Interview d'Elisabeth Badinter sur la question du féminisme. « Les Noires sont sales, par contre, elles font de bonnes nounous » : dans l'emploi domestique, des stéréotypes tenaces. Je me souviendrai toujours de ce jour où Charlotte*, femme française âgée de 41 ans, manager d’une boutique de vêtements de luxe, mariée et mère de deux adolescents, me raconte ses « déboires », comme elle les appelle, avec les différentes nounous qui se sont succédé chez elle.

« Les Noires sont sales, par contre, elles font de bonnes nounous » : dans l'emploi domestique, des stéréotypes tenaces

Confortablement installées dans le salon de son loft situé dans le VIe arrondissement parisien, nous échangeons autour d’un thé servi par l’une de ses deux « femmes de ménage », comme elle les désigne : deux femmes âgées d’une trentaine d’années, qui travaillent quotidiennement à temps plein chez elle, non seulement pour faire le ménage, mais aussi pour faire le repassage, la cuisine, ou encore sortir ses chiens, faire les courses et le service à table et au salon.

J’apprends pendant notre entretien que Nadia et Siham sont marocaines, en cours d’obtention de la nationalité française. Car, si « les Noires sont sales », selon Charlotte, « les Arabes ne sont pas très propres, mais les Marocaines ça va encore ». Exotisme. Pierre Loti.