Vocabulaire_deleuze. Quand le trou noir se donne à voir. L'Entretien infini de Maurice Blanchot / Maurice Nadeau. N’est-il pas outrecuidant de vouloir accompagner la pensée de Maurice Blanchot alorsqu’on n’est pas un professionnel du maniement des idées et qu’on ne saurait se flatter d’entrer dans les détours d’un des esprits les plus rigoureux mais aussi les plus subtils d’aujourd’hui ? Du moins la difficulté de lecture, à la différence de celle qu’on éprouve à propos d’ouvrages récemment écrits par des penseurs moins discrets, ne tient-elle pas à un vocabulaire infranchissable ou à de tortueuses préciosités d’écriture : Maurice Blanchot use d’une langue transparente et si quelque affirmation nous paraît d’abord obscure, c’est au coeur de la plus grande clarté.
Si nous comprenons difficilement du premier coup ce qu’il dit, c’est à nous que nous devons nous en prendre, à notre défaut d’exercice, à notre manque d’ouverture, à notre paresse. D’abord, pourquoi un tel titre ? Parce qu’il s’agit effectivement, sous maintes formes, d’un dialogue. Qu'est-ce qu'un espace littéraire ? 1La notion d’ « espace littéraire », émergeant en 1955 sous la plume de Maurice Blanchot, ne finit pas de confondre en perplexité quiconque entend la circonscrire avec trop d’univocité. Fuyante et labile, elle fait fondamentalement question, interrogation toujours ouverte sous l’égide de laquelle se réunissent les différents articles de cet ouvrage.
Il s’agit alors de redéployer cette expression, dont l’emploi – peut-être outrancier – tend à affecter un discours critique la réinvestissant – peut-être outrageusement – comme allant de soi. Or, s’il est vrai qu’une inflation métaphorique spatialise l’écriture, lui conférant surface, corps, dimension et profondeur depuis l’invention du volume imprimé, force est de reconnaître que ce transfert tropique ne dit rien de l’expérience proprement littéraire, de cet espace que Maurice Blanchot a posé sans concession comme « la condition d’un absolu ». 9Dis-moi ce qui pour toi est littérature, et je te dirai qui tu es.
Extrait du "Lire à venir " de Maurice Blanchot" C'est une des charges de notre temps que d'exposer l'écrivain à une sorte de honte préalable. Il faut qu'il ait mauvaise conscience, il faut qu'il se sente en faute avant toute autre démarche. Dès qu'il se met à écrire, il s'entend interpeller joyeusement : «Eh bien, maintenant tu es perdu.» «Je dois donc cesser ?» «Non, si tu cesses, tu es perdu.»