En France, le débat sur les minarets s'est désormais apaisé. De coup d'éclat en coup de colère, le débat sur la burqa divise. Le minaret de Pascal Clément en travers de la gorge de Nora Berr. La secrétaire d’Etat a claqué la porte d’une réunion du groupe UMP suite aux propos de l’ancien garde des Sceaux.
La secrétaire d’Etat Nora Berra au Touquet en septembre 2009 (Audrey Cerdan/Rue89) « Donner un signal fort. » C’est pour cette raison que Nora Berra, secrétaire d’Etat aux Aînés, explique avoir claqué la porte du groupe UMP ce mardi 22 décembre, à l’Assemblée. L’élue lyonnaise, recrutée par Nicolas Sarkozy en juin, réagissait ainsi à l’intervention de Pascal Clément. Ancien garde des Sceaux avant Rachida Dati, ce dernier aurait déclaré à l’occasion d’un débat de groupe à huis-clos sur la burqa : « Le jour où il y aura autant de minarets que de cathédrales en France, ça ne sera plus la France. » Nora Berra, à l’inverse, estime que le débat sur les minarets est nul et non avenu en France et dénonce l’« image passéiste de la France » véhiculée par l’ancien ministre : « J’ai toujours été favorable aux lieux de culte, quels qu’ils soient. Le texte « équilibré » de Nicolas Sarkozy. Quand on parle minarets à l'UMP, Nora Berra claque la porte - Fr.
Nora Berra, secrétaire d'Etat aux aînés © © Charles Platiau / Reuters - Radio France Selon les députés UMP, ce serait la première fois depuis 2007 qu'un ministre claque la porte d'une réunion comme celle-là. Difficile pourtant de connaître les détails de cet échange douteux. La réunion, censée aborder la question du port du voile intégral, se tenait à huis-clos. Pascal Clément affirme que "Nora Berra [lui] prête des propos qui ne sont pas les [siens]". Le député de la Loire ajoutant : " Me faire passer pour un lepéniste, c'est inacceptable ! Pourtant, le secrétaire général de l'UMP Xavier Bertrand confirme la version de Nora Berra. Dérapage supposé d'un député UMP sur les minarets: qui dit vrai?
Morano dérape ? La faute au "contexte", bien sûr. A chaque saillie polémique ou presque, les ténors politiques dégainent la même excuse pour rétropédaler : « Cette phrase a été sortie de son contexte. » Plus la polémique est vive, plus la saillie est xénophobe, plus la réponse est automatique.
Prenez Nadine Morano. Depuis lundi soir, sa sortie en direct d’un débat sur l’identité nationale dans les Vosges fait polémique. La secrétaire d’Etat à la famille a déclaré ceci, rapporté par l’AFP : « Moi, ce que je veux du jeune musulman, quand il est français, c’est qu’il aime son pays, c’est qu’il trouve un travail, c’est qu’il ne parle pas le verlan, qu’il ne mette pas sa casquette à l’envers. » Dès le lendemain matin, Nadine Morano tentait d’écoper, soutenant qu’elle parlait « de la problématique des jeunes qui viennent des banlieues dont je viens et dont je suis issue ». Condescendance récurrente Premier problème : on se demande un peu, à la lecture de sa phrase complète, ce que le « contexte » pourrait bien changer au fond du propos. Monsieur Raoult, je suis arabe mais pas née en banlieue. A propos d’une petite phrase qui en dit long sur les a priori qui sous-tendent le débat sur l’identité nationale.
Eric Raoult lors du débat sur l’identité nationale au Raincy, le 16 décembre (Audrey Cerdan/Ru89) Mardi soir, je suis au Raincy (Seine-Saint-Denis) pour couvrir le débat sur l’identité nationale organisé par Eric Raoult. Sans voile, ni casquette à l’envers. Alors que je l’interroge sur les propos de Nadine Morano concernant les jeunes musulmans, le député-maire de Raincy dit, très naturellement : « Nadine Morano, elle connaît bien les quartiers. Mariani préfère "deux ou trois dérapages à un FN à 20%" Tout va bien !
En réalité, toutes ces saillies qui semblent partir en vrille -Christian Estrosi qui explique qu’un débat sur l’identité nationale n’aurait pas été de trop dans l’Allemagne nazie, Nadine Morano qui fustige les casquettes (musulmanes) à l’envers, Eric Raoult qui assimile arabes et quartiers, Frédéric Lefebvre qui rêve d’envoyer les Afghans vers les champs de bataille de leur pays... Tout ceci, sachez-le, est sous contrôle. Cela fait partie d’une stratégie réfléchie. C’est Thierry Mariani, député UMP du Vaucluse, qui l’a déclaré tout de go, mercredi matin sur France Culture : « Je préfère à la limite deux ou trois dérapages verbaux à un front national à 20%. » (Ecouter le son) Avec cette variante moderne de « Paris vaut bien une messe », je crois qu’on a atteint là le sommet du cynisme en politique.
Minarets : Nora Berra s'explique et contre-attaque - une vidéo A. Minarets - P. Clément, Ancien garde des Sceaux chez Bourdin - un. Burqa.