La Bourse et l'Economie de marché
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Candidat de la droite française à l’élection présidentielle d’avril et mai prochains, M. Nicolas Sarkozy promet 68 milliards d’euros de baisses d’impôts supplémentaires. Au prétexte que « tout vaut mieux que de taxer le travailleur », ses projets (dont l’élimination de l’impôt sur les successions) favorisent fondamentalement les revenus du capital. Et le font à un moment où se généralisent les licenciements décidés par des actionnaires qui exigent plus de 15 % de rendement par an.
Il ne faut pas s’étonner que « ça » résiste. C’est une forme de vie que la finance se prépare à défendre et, il faut en être tout à fait certain, de celles dont elle a tiré tant de joies qu’elle ira jusqu’au bout pour la faire perdurer. Décidément une enclave dans la société, et comme un empire dans un empire, la finance a vécu, en marge de la condition ordinaire, la vie étincelante, au double sens de la vie glamour et de la vie à millions. Que la fortune monétaire ait été à la fois la caractéristique la plus centrale et l’attrait le plus irrésistible de la vie « dans la finance » est trop connu pour qu’il soit besoin d’y insister.
Mais que penser des bonus ?
Pour un peu, le grand spectacle de ces deux dernières années nous l’aurait presque fait oublier : là où la finance « de marché »* (les astérisques renvoient au glossaire ), appellation un peu idiote mais il en faut bien une pour faire la différence, semble s’activer dans un univers clos, loin de tout et notamment du reste de l’économie, la finance actionnariale*, celle des propriétaires des moyens de production, campe à l’année sur le dos des entreprises — et, comme toujours, en dernière analyse, des salariés. Il a fallu la « mode du suicide » si délicatement diagnostiquée par M.
Emmanuel Lévy : Dans un long papier paru dans le Monde Diplomatique vous préconisez la fermeture de la Bourse. Est-ce vos options politiques de dangereux gauchiste désireux de couper des têtes, ou vos motivations s’inspirent-elles d’une argumentation compatible avec un monde capitaliste ? Les idéologues libéraux, qui ont l’amnésie intéressée, voudraient faire oublier cette période du fordisme dans laquelle la finance a été cadenassée, la Bourse inexistante… et la croissance étincelante.
La mise au jour des délicatesses de Goldman Sachs fournira-t-elle l’impulsion désespérément manquante à la mise au pas de la finance ? Il faudra au moins ça car, à simplement prolonger les tendances antérieures, et sauf grave rechute des banques qui forcerait à les secourir de nouveau et ferait déborder le vase, il est assez évident que, pareille à la guerre de Troie, la re-régulation financière n’aura pas lieu. Pour se faire une idée de ce mauvais vouloir régulateur, il suffit d’observer la « philosophie générale » qui se dégage de l’ensemble des propositions actuellement sur la table : non pas éviter la survenue de la prochaine crise mais contenir ses effets… De cette (prévisible) révision à la baisse, pour ne pas dire annulation complète, des ambitions initialement proclamées, résulte, techniquement parlant, une orientation exclusive de tous les projets en circulation vers les questions couplées de la solvabilité et des faillites bancaires.
Bien sûr, on aurait tort de faire la fine bouche. Le spectacle de la brochette de crânes d’œufs de Goldman Sachs, assise en rang d’oignons devant la commission d’enquête du sénat américain hier après-midi, est de ces grands moments de télévision qui entrent sans peine au panthéon du zapping, quelque part entre le rot de Jean-Claude Vandamme sur le plateau de Nulle Part Ailleurs et le « Monsieur Foote, vous êtes un salaud » du très classieux Thierry Rolland en 1978. On eut même droit à un léger frisson dans l'échine quand le sénateur démocrate Carl Levin la joua Tony Montana. Sourcils en accent circonflexe, lunettes demi-lune au bout du tarin, le président de la commission d'enquête dégaine un email de Goldman Sachs, daté de 2007, qualifiant Timberwolf, un des produits financiers de la banque, de « shitty deal », « affaire de merde » en bon gaulois. Question : « Combien de ces affaires de merde avez-vous vendu à vos clients ?