Pour l’unité des féministes, non à la pénalisation des clients de la prostitution. A la veille de la Journée contre les violences faites aux femmes, dimanche 25 novembre, les vingt-cinq signataires de ce texte mettent en garde contre les choix du gouvernement et du Collectif national droit des femmes. « La pénalisation aboutirait simplement à faire disparaître la prostitution de l'espace public et à rendre encore plus défavorables la conditions des prostitué-e-s », affirment Véronique Dubarry, Eric Fassin, Stéphane Lavignotte, Janine Mossuz-Lavau ou encore Eleni Varikas.
Prétendre s'intéresser au sort des prostitué-e-s en criminalisant leur activité, telle semble être la nouvelle politique de la gauche en matière de prostitution. En décembre 2011, Danielle Bousquet, socialiste et Guy Goeffroy, UMP avaient ensemble déposé une proposition de loi exposant celui qui recourt aux services d’une prostituée à une peine de deux mois de prison et de 3 750 euros d’amende. La droite sarkozyste nous avait habituées à la criminalisation de la pauvreté. Signataires : Un rapport critique la loi sur la pénalisation de la prostitution en Norvège. Thierry Schaffauser. YouTube. Pénalisation des clients de prostituées : quand les belles âmes se fourvoient. La mission parlementaire d’information sur la prostitution présidée par la députée socialiste Danielle Bousquet n’avait pas encore rendu son rapport que l’on en connaissait déjà la principale recommandation : celle d’une pénalisation des clients, sur le modèle de la loi suédoise. Définissant la prostitution comme une violence contre les femmes, celle-ci fait de ceux qui la commettent, les hommes clients, des délinquants encourant jusqu’à six mois de prison.
Les mouvements favorables à l’abolition de la prostitution et certains courants féministes en sont depuis plusieurs années les fervents promoteurs. Remarquons tout d’abord que cette mission offre une opportunité, certes bien tardive, de révéler à qui les ignorerait encore les effets désastreux de la répression du racolage passif, réintroduit dans le code pénal à l’occasion de la loi sur la sécurité intérieure (LSI) de 2003. La pénalisation du client opère, de ce point de vue, un complet renversement. Lilian Mathieu [2] Cf. Dossier_de_presse_penalisation_clients. Contre la pénalisation des clients. Prostitution : pénalisation des clients… et puis quoi encore ?
Lorsqu’elle exprime, le 24 juin, son vœu de faire disparaître la prostitution, Najat Vallaud-Belkacem a sans doute à l’esprit la tragédie que subissent en France des milliers de femmes, généralement étrangères, et de plus en plus souvent mineures, prisonnières d’abjects réseaux d’esclavage. Pourtant, sa proposition de pénaliser l’achat de services sexuels repose sur un postulat très contestable : il n’existerait qu’une seule et unique sorte de prostitution, tout achat de service sexuel constituerait en soi une forme de violence contre les femmes.
Depuis quelques années, le Parti socialiste s’est rallié à cette opinion, que défend notoirement le mouvement d’inspiration catholique le Nid, et que résumait ainsi l’ancienne ministre Roselyne Bachelot : «Il n’existe pas de prostitution librement consentie.» Cette assertion commode est fausse. Il est périlleux de contester à quiconque la faculté de penser, de parler et d’agir librement. Les exemples de politiques de répression ne manquent pas.