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La Route ou l'apocalypse de l'âme humaine. Taillée dans un nid de tempêtes, La route de McCarthy est sûrement née par un jour de grand vent. Quand le ciel reste obscur et que l'on marche dans la rue, plié en deux, encapuchonné, prêt à se réfugier n'importe où, guettant le moindre brise-vent ou l'abri le plus proche. Vous riez dans le vent, c'est tellement drôle d'être "à contre-vent", de ne plus savoir comment avancer, faire marcher ses pieds. On est tellement loin de "l'homme" et du "petit". On n'a pas l'estomac démoli par la faim, le corps rongé par le froid, et l'esprit au bord du désespoir.

L'histoire, le comité ne vous en dira guère plus que ceci : imaginez le Radeau de la Méduse, faites-en un livre, ajoutez-y un enfant et une nuée de cauchemars vivants autour de vous.Alors seulement peut-être, vous vous approcherez de "La route". Et notez ceci : avant de partir, Dieu et Satan ont fermé boutique, emportant le Bon, le Bien, le Juste et le Mal dans leur dernier baluchon. Le style de McCarthy vous arrachera les yeux. Le Romantisme, cet agaçant pleurnichard...

Il y a des mouvements comme ça, qui restent gravés dans votre mémoire adolescente... Les Lumières - pour la verve de Voltaire - , le réalisme, le naturalisme - pour les grands tableaux de Zola, Maupassant & Co, dessinés à forts coups de plume et de tomes... Puis d'autres, dont le souvenir reste vivace et incisif... pour leur pesante niaiserie, pour leur scolaire et fatigante dissection. RO-MAN-TISME. Usé et réutilisé à souhait, qu'est-il donc, ce mot ?

Jadis feu mouvement unifié par le seul souffle des douleurs, le mot se balade aujourd'hui de-ci de-là sans écho ni signification... (recherche Google Images: romantisme) Passons... Intime, élégiaque, sublime de sensibilité... et tellement souvent empreint de nianiannian, de misérabilisme égoïste, d'autoflagellation grossière, de phrases gonflées retombant sur nos cahiers avec grandiloquence pompeuse et force fatuité.

Et pourtant... pourtant.... Essai: du romantisme... Signé le Comité de la Cuillère romantique Source: Philadelphia's Story : l'autre visage de la comédie sociale. Il y a des dimanches froids et pluvieux où l'on ne veut absolument pas innover. Le café fumant trône sur la table, on pense encore à la tiédeur de la couette. Alors oui, mille fois fois, en ce dimanche, on va faire dans le classique. Après un passage fugace dans les rayonnages de sa vidéothèque, on s'affale satisfait dans son canapé, sûr de passer un bon moment. Philadelphia's Story.

Certaines époques ont dépeint leur temps à grands coups de fresques sociales. Là où Cukor, & Mankiewicz apportent leur pierre, c'est dans l'alliance (géniale) entre la comédie, la fresque sociale posh, et un tableau de caractères digne de La Bruyère. Pourquoi aimer, regarder et rererereregarder ce film? Puis tout se décante, finement, avec magie hollywoodienne made in Metro Goldwyn Mayer, la lutte des classes s'abolit le temps d'un bal grâce à l'alcool catalyseur, le rapprochement des êtres et l'envolée de sentiments humanistes.

Le dressage du mastodonte, ou encore, comment apprendre à lire.. Mais il y a aussi tous les autres ! Mince, ça fait du monde ! Tous ces gens qui perçoivent – de loin, voire de très loin – l’imposante cathédrale, scintillante, effrayante... Il est vrai qu’avoir une cathédrale (ou même un bout de cathédrale) dans sa bibliothèque a de quoi décontenancer. C'est franchement intimidant, c'est gros, épais, écrit en tout petit… Certaines éditions n’arrangent rien. Il y a celle au pesant cérémonial, belle, grave et sévère. Il n’y a pas à y redire. On ouvre le premier tome, intimidé. Le lecteur, dans son angoisse de pré-ouverture, dans son travail de motivation, pressent. Dans un sens, il a bien raison, l’entrée est rude, brutale. Puis bim ! « Métempsycose » Bravo ! Chez Proust, tout vous jouera des tours. Et voilà ! Certes, il y a bien des jours où l’on est fatigué, où l’on saute le paragraphe (c'est-à-dire deux ou trois pages).

Et soudain, comme par magie, tout ce qui se dit résonne en vous. L’œuvre est exigeante, certes. Ravel, sublime lecteur... Ondine, féerique lecture... La Bruyère ou le "roman" moraliste. La Bruyère nous a légué dans ses Caractères une œuvre à la fois singulière et forte, renouvelant le genre, et lui donnant une vigueur de ton et de forme encore jamais vue...Loin de la sécheresse de Bossuet et des prédications religieuses, il insuffla dans ses "remarques", tantôt déguisées en pensées, tantôt en maximes ou en adages, la forme parfaite : à la fois agréable pour la lecture mondaine, à la fois utile pour la réflexion privée dans le calme des alcôves, des boudoirs et des cabinets.

Mais que retenir de La Bruyère à notre époque? A l'heure où les mondanités se sont plus "de Cour", à l'heure des salons disparus, ont été oubliés les lectures brillantes, les propos piquants, les mots d'esprits... A l'heure où les consciences privées sont à mille lieues des considérations morales, sociales, philosophiques (divertissement notre amour...)... Que faire de notre cher La Bruyère? Prenons le parti de le lire...comme un roman... Pardonnez, chers lecteurs, cet arbitraire florilège. Tolstoi, de l'Histoire... Quand on se dit qu'un jour c'est sûr, on lira Tolstoï, on est à la fois très optimiste et complètement ignorant. Un peu comme pour sa première dissertation, le sujet à l'air très intéressant sur le papier, on est très très motivé (c'est bien parce que c'est la première), et on espère très fort qu'on arrivera à en voir le bout.L'œuvre de Tolstoï, et disons le franchement, Guerre&Paix, est un des plus grands défis d'endurance lancé par l'écrivain à son lecteur...

Et disons-le ici encore franchement, défi d'autant plus difficile pour nous autres, lecteurs de l'ère digitale, qui zappons et butinons quelques lignes de-ci de-là, avant de cliquer vers d'autres horizons. Quelques milliers de pages, des verstes et des verstes à parcourir avec les personnages, un panorama de la Russie des villes et de celle des champs de bataille. Et l'Europe, grande, vaste, ensanglantée... A mi tome, soyons honnêtes, on se dit "heureusement, les écrivains ont inventé les ellipses! " Petit précis de poésie ordinaire.

L'amour y est passé et repassé. En veux-tu? Vlan! En voilà, en pages et en volumes! Les sensations? Il fallait à nos cervelles avides et endurcies de nouvelles choses, des espaces plus inconnus, des thèmes plus audacieux, plus originaux, encore inexplorés (?)... Comment dire... prendre du culot pour du nouveau? Prenons le parti de la beauté dans l'ordinaire.

Pas facile. Et pourtant, diantre! A mi-chemin de la cage au cachot la langue française a cageot, simple caissette à claire-voie vouée au transport de ces fruits qui de la moindre suffocation font à coup sûr une maladie. Agencé de façon qu'au terme de son usage il puisse être brisé sans effort, il ne sert pas deux fois. A tous les coins de rues qui aboutissent aux halles, il luit alors de l'éclat sans vanité du bois blanc. Francis Ponge, Le Parti pris des choses, 1942 Le papillon Mais comme chaque chenille eut la tête aveuglée et laissée noire, et le torse amaigri par la véritable explosion d'où les ailes symétriques flambèrent,