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Procès de Bordeaux: Oradour et malgré nous

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Oradour : Une amnistie toujours pas admise. L y a des procès qui semblent ne jamais se terminer.

Oradour : Une amnistie toujours pas admise

Celui du massacre d'Oradour-sur-Glane - en 1953 à Bordeaux - est de ceux-là. Ce rendez-vous manqué avec l'Histoire (l'un des plus importants d'après-guerre) a provoqué une telle déception au sein des familles de victimes que, soixante-six ans plus tard, le malaise demeure palpable. « Ah, vous êtes de Bordeaux ? » Silence. Évocation d'un procès « qui n'en a pas été un » et rappel d'une amnistie jugée « inadmissible » et « toujours mal digérée. » La rancœur est tenace. Le « mémorial », par exemple, une immense structure en béton plantée au milieu des ruines et construite à grands frais par l'État après guerre.

Au lendemain de l'annonce de l'amnistie des condamnés à Bordeaux, l'Association nationale des familles de martyrs s'est opposée au transfert des ossements comme à l'hommage national. L'État « interdit de séjour » Le procès de Bordeaux et ses conséquences. Par Mireille Biret.

Le procès de Bordeaux et ses conséquences

Les bourreaux d'Oradour disparaissent largement impunis. Oradour-sur-Glane en 2004 (Dennis Nilsson) Heinz Barth, « l’assassin d’Oradour-sur-Glane », est décédé le 6 août à l’âge de 86 ans, en Allemagne.

Les bourreaux d'Oradour disparaissent largement impunis

Responsable du massacre de 642 villageois -hommes, femmes et enfants- il avait été condamné à mort par contumace par le tribunal de Bordeaux en 1953. Le bourreau est mort, libre, dans sa ville natale près de Berlin. Le 10 juin 1944, Heinz Barth, chef de section de la 3e compagnie du 1er bataillon du régiment blindé « Der Führer » est en position dans le Massif Central. Le débarquement vient d’avoir lieu. Le 12 janvier 1953, un procès est ouvert devant le tribunal militaire de Bordeaux.

Le procès des bourreaux d’Oradour commence en 1953, soit près de neuf ans après les événements. 65 personnes sont accusées d’avoir pris part au massacre, mais 21 seulement sont présentes au tribunal. Parmi les Français inculpés se trouvent quatorze jeunes alsaciens : un volontaire et treize « incorporés de force ». Les « Malgré-Nous : ces oubliés de l’Histoire. 1942: l’Allemagne nazie annexe illégalement l’Alsace et la Lorraine.

Les « Malgré-Nous : ces oubliés de l’Histoire

De cette annexion découle le début du service militaire obligatoire pour les Français d’Alsace-Moselle, incorporés dans l’armée allemande à seulement 17 ans et envoyés sur le front de l’Est ou en Russie à 18 ans. Nombreux ont été ces jeunes gens qui ont du combattre aux côtés d’une patrie qu’ils n’avaient pas choisi, pour des idéaux qu’ils ne partageaient pas, contre leurs nations d’origine… Après la guerre, on les a accueillis en tant que traîtres et ils sont longtemps restés des incompris.

Ce n’est qu’en mai 2010, grâce aux efforts des quelques survivants et de leur famille, que les Malgré-Nous ont enfin été reconnus « victimes du nazisme » par l’État Français. Mais cela n’excuse en rien aujourd’hui l’absence dans les manuels d’histoire de cet énième crime qu’engendra la deuxième Guerre Mondiale. Qu’est-ce qu’un « Malgré-Nous » ? Malgré nous, les oubliés de l'Histoire.

ORADOUR-SUR-GLANE (87520) - Un documentaire sur l'impossible procès d'Oradour, samedi sur France 3. Douze janvier 1953.

ORADOUR-SUR-GLANE (87520) - Un documentaire sur l'impossible procès d'Oradour, samedi sur France 3

Le procès des auteurs du massacre d’Oradour s’ouvre devant le tribunal militaire de Bordeaux. Seuls vingt-et-un accusés comparaissent, dont une majorité d’Alsaciens incorporés de force dans la SS. L’atmosphère est électrique. Le verdict, qui compte une condamnation à mort, fait l’objet d’une amnistie rapide, dans un contexte général de réconciliation nationale et de construction européenne. En Alsace, le non-dit rôde, il ne cesse de rôder depuis la guerre. Un demi-siècle après le procès de Bordeaux qui jugea les bourreaux du massacre d'Oradour-sur-Glane ­ parmi lesquels treize Alsaciens incorporés de force ­, l'Alsace peine à assumer son passé.

En Alsace, le non-dit rôde, il ne cesse de rôder depuis la guerre

Pourquoi ? Nous en sommes arrivés là parce que l'Alsace, y compris ses intellectuels, n'a pas assez travaillé l'histoire de la Deuxième Guerre mondiale. L'évocation de cette histoire dans toute sa diversité, histoire subie mais aussi actes de collaboration passive et active, reste taboue. L'Alsace s'est sentie mise au ban de la Nation, continue de se sentir mise au ban, parce que son sort particulier pendant la guerre reste méconnu, parce que son destin singulier de région charnière entre deux nations, happée dans le remous de deux histoires, de deux cultures, n'est pas pris en compte. Face à ce constat, l'Alsace a préféré se réfugier dans le mythe plutôt que travailler son histoire et prendre en charge le passé pour savoir quoi dire, enfin, aux générations montantes.

Cela va même plus loin.