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Barbara Stiegler

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Barbara Stiegler : « Refuser d'abandonner les sciences de la vie et de la santé aux experts » À la suite de son dernier ouvrage Du cap aux grèves paru en août dernier aux éditions Verdier et en écho à son essai de 2019 « Il faut s’adapter », nous nous sommes entretenus avec la philosophe et enseignante à l’université de Bordeaux Barbara Stiegler.

Barbara Stiegler : « Refuser d'abandonner les sciences de la vie et de la santé aux experts »

Nous y évoquons ses travaux sur le néolibéralisme, la manière dont ils ont été accueillis en pleine crise des Gilets jaunes et leur écho en période de pandémie, prétexte à une offensive sur les libertés individuelles — un thème qu’elle développera dans un ouvrage à paraître le 14 janvier 2021 aux éditions Gallimard, De la démocratie en Pandémie. La philosophe revient également sur son propre engagement militant et porte un regard critique sur les formes traditionnelles de la lutte sociale. Entretien a été réalisé par Guillemette Magnin et Vincent Ortiz. Le Vent Se Lève – Au début de votre livre, vous décrivez le mouvement des Gilets jaunes comme une « nouvelle étape dans la compréhension du projet néolibéral ». Barbara Stiegler : "En mimant une gestion du virus à la chinoise, les néolibéraux nous ont dit enfin clairement ce qu’ils pensaient"

Barbara Stiegler : « Le néolibéralisme est confronté à un mur. Même les élites commencent à douter » Barbara Stiegler est professeure de philosophie politique à l’université Bordeaux-Montaigne et autrice de Il faut s’adapter — Sur un nouvel impératif politique, (éd.

Barbara Stiegler : « Le néolibéralisme est confronté à un mur. Même les élites commencent à douter »

Gallimard, 2019). Barbara Stiegler. Reporterre — Pourquoi êtes-vous opposée au projet de réforme des retraites ? Barbara Stiegler — Je m’y suis opposée parce que j’y reconnais les grands marqueurs du projet néolibéral. Le Forum Santé et Avenir 2020, le néolibéralisme mis en cause par Barbara Stiegler. 17/02/2020 | L'édition 2020 du forum Santé et Avenir, a rassemblé de nombreux professionnels du monde médical, afin de venir échanger sur l'avenir de la santé.

Le Forum Santé et Avenir 2020, le néolibéralisme mis en cause par Barbara Stiegler

Ce sont près de 200 personnes qui se sont réunis à la Cité mondiale de Bordeaux pour écouter avec attention la prise de parole de Barbara Stiegler lors de la conférence d’ouverture du Forum Santé et Avenir 2020. Devant le parvis de la cité, le collectif militant « La santé un droit pour tous » distribue des tracts informatifs sur les dépassements d’honoraires. De quoi annoncer le ton pour le reste de la soirée puisque l’allocution se veut résolument politisée et engagée. Du Plan Juppé de 1996 à MaSanté2022, les réformes qui redéfinissent notre modèle de santé. « Du coté de la santé, dans un contexte néolibéral, il va falloir produire une augmentation indéfinie des performances avec une reprise du programme biopolitique d’une optimisation sans fin. » s’alarme la philosophe.

Pour le néolibéralisme, la retraite est un archaïsme. Pour le néolibéralisme, la retraite ne peut être qu’un archaïsme, une sorte de déviance inadaptée, qui nous fait prendre du retard dans la compétition mondiale, et dont l’État lui-même doit programmer la disparition progressive.

Pour le néolibéralisme, la retraite est un archaïsme

L’affrontement qui se met en place ces jours-ci dépasse donc les questions techniques de « réforme systémique » ou d’« ajustement paramétrique » dont nous parle le jargon des experts. Il oppose, bien plus profondément, deux visions incompatibles de l’avenir du vivant et de nos rythmes de vie. Vingt-cinq ans après mai 1968, les grandes grèves de 1995 furent un moment historique dans la prise de conscience collective du « néolibéralisme » et de son projet. On comprenait alors que son objectif était le démantèlement de L’État social au profit d’une mondialisation de l’économie fondée sur les marchés financiers. « Il nous faut digérer l'échec de la "révolution" néolibérale » Rencontre avec la philosophe Barbara Stiegler, dont le dernier essai, Il faut s'adapter.

« Il nous faut digérer l'échec de la "révolution" néolibérale »

Sur un nouvel impératif politique (Gallimard, 2019), revient sur l'histoire et l'actualité du néolibéralisme et de l'ultralibéralisme, deux notions souvent utilisées à tort comme des synonymes. Professeure à l'Université Bordeaux Montaigne, Barbara Stiegler est connue pour ses travaux sur l'oeuvre de Friedrich Nietzsche. Mais c'est en lisant les écrits d'un autre philosophe, Michel Foucault, qu'elle s'est penchée sur un évènement trop méconnu de l'histoire économique, le « colloque Lippmann ». Cet évènement, qui doit son nom à celui de l'écrivain et journaliste américain Walter Lippmann et s'est déroulé à Paris en août 1938, apparaît comme le moment fondateur de la pensée néolibérale.

Cette histoire remonte à la deuxième moitié du XIXe siècle, aux débuts de la mondialisation. Allez-vous jusqu'à dire que nous vivons, depuis, dans un monde néolibéral ? > « L'argent est mal compris dans notre société » Les injonctions du néolibéralisme. Pour comprendre certaines injonctions récurrentes du discours politique contemporain, la philosophe Barbara Stiegler a mené l'enquête aux origines du néolibéralisme, du côté notamment de Walter Lippmann.

Les injonctions du néolibéralisme

Elle dialogue en seconde partie avec la romancière Gaëlle Obiégly. Ce 21 janvier, soit 226 ans jour pour jour après la décapitation de Louis XVI, c'est à Versailles, capitale du royaume de France jusqu'en 1789, que le président de la République française a choisi de s'adresser à un aréopage de grands chefs d'entreprises multinationales. C'est au château du Roi Soleil donc qu'Emmanuel Macron, dont le livre tenant lieu de programme politique est titré « Révolution », a expliqué à ses hôtes, en plein crise des « gilets jaunes », alors que sur certains ronds-points fleurissent des guillotines en carton pâte, que « si Louis XVI et Marie-Antoinette avaient connu une telle fin c'est parce qu'ils n'avaient pas renoncé à réformer ».

Comment comprendre une telle confusion politique ?